Lettre ouverte d’un apprenti journaliste et cyber activiste.


Monsieur le rédacteur en Chef,
Monsieur Badreddine Ben Hidia,
Aux lectrices et aux lecteurs du journal « Le Temps »,

Ce n’est pas sans une certaine émotion que j’ai pris connaissance du n°12 224 paru le 29 mars 2011. Une image parue en Une, illustrant un article titré « Le sens de la famille … comme chez la Mafia ! » sous la plume de M. Badreddine Ben Hidia a attiré mon attention.
Cette image est un photomontage du couple Ben Ali se servant amplement d’argent et sous titrée « ensemble pour le meilleur et pour le fric ».

On peut la consulter à cet endroit :

http://www.letemps.com.tn/pdf/1301342872_P%20UNE%2029%2003.pdf

Ce photomontage a été réalisé par Reveiltunisien.org et publié le 6 septembre 2006 sous le titre « Les bons côtés de la Suisse ».

L’original peut lui être consulté à cette adresse :

http://www.reveiltunisien.org/spip.php?article2291

Effectivement sous la dictature, les journaux officiels et autorisés par le pouvoir ne pouvant réaliser un réel travail, un groupe de citoyens a décidé de créer ce site internet, reveiltunisien.org, dans les années 2000 afin de diffuser les informations censurées en Tunisie, de promouvoir la liberté d’expression en donnant la parole à l’ensemble des personnes qui en était privé.

Comme aucun journaliste en Tunisie ne pouvait le faire, nous l’avons fait. Comme aucun caricaturiste ne pouvait faire son travail, nous l’avons fait. Nous avons mené les enquêtes, les interviews, les photos en lieu et place de ceux qui ne faisaient ou ne pouvaient pas faire leur travail de journalistes.

Nous avons aussi donné la parole aux opposants, aux familles de prisonniers politiques, aux internautes et à toutes celles et ceux qui voulaient s’exprimer. Ce travail de 10 ans a été mis à rude épreuve par la censure, par les piratages du site, … Et pourtant il est toujours là et servira, comme par le passé, de lieux de ressources et de consultation d’archives.

Aujourd’hui si notre tâche est achevée et que les médias dotés de réels moyens sont là, il nous semble qu’un journal comme le Temps devrait avoir l’honnêteté intellectuelle de citer ses sources et en aucun cas recadrer les images utilisées afin de faire disparaître la signature des auteurs aussi modestes soient-ils à leurs yeux. Cet acte délibéré ne saurait être considéré comme une négligence. Si l’ensemble de notre travail est en « copyleft », c’est-à-dire qu’il pouvait être utilisé et reproduit sans avoir à verser de quelconque droit afin que les rares personnes à avoir œuvré contre la dictature puissent avoir des outils de communication, l’étiquette implique le respect du travail de l’autre.

Un journaliste qui ne donne pas le sens réel d’un photomontage tronque l’information comme au temps de la dictature. La pratique reste la même et c’est regrettable. Il suffit donc pas de changer la devanture pour que l’arrière boutique soit propre.

Certes, la presse Tunisienne revient de loin et le chemin à parcourir est encore long mais il y une valeur fondamentale à respecter au plus vite : l’éthique.

Hasni
Administrateur de reveiltunisien.org

plagiat.jpg

original.jpg