[PORTRAIT] Boris Boillon est-il l’homme de la situation en Tunisie ?


En matière de diplomatie, Boris Boillon semble avoir été formé à l’école Sarkozy.

Le nouvel ambassadeur de France, qui dès son deuxième jour sur le sol tunisien s’est accroché avec deux journalistes devant la caméra de Radio Mosaïque, semble vouloir donner l’image d’un homme d’action plutôt que celle d’un fin stratège. Il a lui-même choisi un vocabulaire allant dans ce sens pour se définir, lorsqu’il est venu présenter ses excuses sur le plateau du journal tunisien, dimanche, afin d’apaiser la situation.

« J’ai pour moi l’énergie, la détermination, les bonnes intentions, mon engagement total au service de la relation bilatérale. Mais j’ai été aussi fougueux et trop spontané », a-t-il expliqué lors de son mea culpa télévisé, précisant qu’il « payait les défauts de ses qualités ».

La veille, une manifestation de 500 tunisiens avait eu lieu devant l’ambassade de France pour dénoncer ses propos et demander son départ.

Ironie, lors de ce désormais fameux déjeuner avec les journalistes, jeudi 17 février, il a déclaré : « Moi, je ne suis pas là pour faire de la polémique, je ne suis pas là pour créer des problèmes, je suis là, mais pour créer des solutions. »

Son style « franc du collier » n’est pas sans rappeler celui de Nicolas Sarkozy, comme l’ont noté les manifestants tunisiens samedi, devant l’ambassade de France.

Sur les affiches, on pouvait lire : « Casse-toi, pauv’ Boillon » (référence à la célèbre phrase de Nicolas Sarkozy : « Casse-toi, pauv’ con ») ou, plus explicite : « Dégagez, petit Sarko! ».

« ÃŠtre les premiers »

Lors du déjeuner qu’il a organisé avec les journalistes tunisiens à la Résidence, « site historique placé au service des liens entre la France et la Tunisie », Boris Boillon portait une Rolex, rapporte Libération.

Ce n’est pas là sa seule ressemblance avec le chef de l’Etat.

Tel un Nicolas Sarkozy en campagne, « le diplomate » cultive son image depuis des années. Il vient de quitter l’ambassade de France en Irak, un poste difficile, où il a été nommé à seulement 39 ans.

Boris Boillon a pu mettre en avant à Bagdad son engagement « total » au service de la fonction. Illustration : bien qu’il fut la cible d’une tentative d’attentat, il n’a pas hésité à faire venir ses filles dans la capitale irakienne et à se faire photographier avec elles. Il voulait montrer que le pays était sûr pour motiver les entreprises françaises à investir dans le pays.

Pendant que le président de la République réforme en France pour faire tourner l’économie, Boris Boillon veut faire bouger les choses en Irak : « Je suis ici pour faire venir les entreprises françaises car il y a du business à faire si on sait prendre des risques et être les premiers ».

« Nous sommes en Tunisie, pas en Irak »

Avant son précédent poste d’ambassadeur en Irak, Boris Boillon a passé plusieurs années aux côtés de Nicolas Sarkozy. En avril 2006, il est nommé chargé de mission, puis conseiller diplomatique au ministère de l’Intérieur, dirigé par Nicolas Sarkozy.

Il devient ensuite conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient à l’Elysée. C’est probablement pendant ces années qu’il assimile la rhétorique du chef de l’Etat, qui le feront dire lors ce déjeuner à Tunis : « N’essayez pas de me faire tomber sur des trucs débiles, franchement, vous croyez que j’ai ce niveau-là, que je suis dans la petite phrase débile ? »

Sur le plateau de la télévision tunisienne, Boris Boillon a admis qu’il avait « réagi avec exagération à des questions relatives à sa personne ». « Cela a été interprété comme une marque d’arrogance et un manque de respect à l’égard du peuple tunisien », a-t-il avancé. « Il croit qu’en parlant l’arabe, il va nous conquérir, mais nous sommes en Tunisie, pas en Irak », répondent des journalistes tunisiens dans Libération.

« Loin de moi toute pensée ‘colonialiste' »

Lorsqu’il a fait ses excuses à la télévision tunisienne et admis son arrogance, Boris Boillon a tenu à rappeler qu’il était « loin de toute pensée ‘colonialiste' ». En plus d’être arabophone, le diplomate est un fin connaisseur du monde arabe. Ce fils de « pieds rouges » (ces militants de gauche venus aider l’Algérie indépendante) est né en décembre 1969 à Alger.

A l’âge de dix ans, il s’installe à Besançon. Le bac en poche, il monte à Paris où il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’Institut national des langues et civilisations orientales.

Mais il n’a jamais oublié les pays de son enfance et il fait son stage de « Sciences-po » en Tunisie. Il effectue sa coopération à Mascate (1993-1994) puis choisit de se perfectionner en arabe en passant un an au Caire et une autre année à Damas.

Il intègre le ministère des Affaires étrangères en 1998 et devient conseiller à l’ambassade de France à Alger (2001-2004), puis consul général adjoint à Jérusalem, où il assiste le représentant spécial de l’Union européenne pour le processus de paix au Proche-Orient (août 2004-avril 2006).

« Dans sa vie on fait tous des erreurs »


Boillon défend Kadhafi (C+)
envoyé par LePostfr. –

Le nouvel ambassadeur de France à Tunis est un fervent défenseur de la realpolitik, à en croire ses déclarations au sujet de du dirigeant Libyen, Mouammar Kadhafi, en novembre 2010 au Grand Journal de Canal +. « Kadhafi a été terroriste, il ne l’est plus, il a fait son autocritique », avait-il avancé après avoir précisé que le chef de l’Etat libyen l’appelait « Mon fils ».

On peut d’ailleurs voir sur une vidéo que Boris Boillon était à côté de Cécilia Sarkozy lors de la libération des infirmières bulgares retenues en Libye.

Alors qu’Ali Badou lui rappelait que Mouammar Kadhafi n’était pas pour autant un grand démocrate, le diplomate avait répondu : « Vous savez, qui peut se prétendre le parangon de vertu et de démocratie de par le monde ? Dans sa vie on fait tous des erreurs et dans sa vie on a tous droit au rachat. »

« Mieux canaliser mon énergie »

La réalpolitik, une doctrine qui était encore acceptée il y a quelques mois, mais qui, à la lecture des évènements qui ont lieu dans le monde arabe cet hiver, parait inadaptée.

Aussi le choix des mots (« fougueux », « spontané ») n’est pas un hasard. Ils semblent destinés à faire de ce diplomate un semblable de la jeunesse tunisienne : « Je dois apprendre à mieux canaliser mon énergie et arrondir les angles, a déclaré Boris Boillon dimanche à la télévision tunisienne, dorénavant je dois parler de manière plus polie ». Homme moderne, il affirme être le premier ambassadeur sur Twitter, il a une page Facebook (où il s’affiche torse nu) et même une chaîne sur Youtube. Sur Twitter, il a d’ailleurs d’aclaré : « Vraiment désolé si j’ai pu offenser. Ce n’était pas mon intention ».

Quelques jours avant la polémique, l’homme s’était annoncé comme un challenger : « La Tunisie, c’est un nouveau défi qui est lié à une situation nouvelle ».

Le diplomate va-t-il parvenir à adapter son style au nouveau monde arabe ? Rien n’est moins sûr s’il s’inspire de son mentor, dont les annonces de changement de style présidentiel restent fluctuantes.

Donald Hebert – Nouvelobs.com