Des manifestations poussent le Maroc à accélérer les réformes


De Philippe SAUVAGNARGUES (AFP) – Il y a 21 heures

RABAT — Les manifestations de dimanche au Maroc, largement pacifiques malgré des débordements, ont mis en évidence une forte demande d’accélération des réformes politiques dans ce pays et certains organisateurs du mouvement entendent bien poursuivre leur action.

Au lendemain de ces manifestations, le gouvernement a assuré par la voix de son porte-parole avoir « saisi le message ». « Maintenant il faut passer à la vitesse supérieure » en matière de réformes, a dit à l’AFP le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri.

Dans une allocution à l’occasion de la mise en place d’un organisme consultatif prévue de longue date, le roi Mohammed VI, s’est lui-même dit attaché à la « poursuite des réformes ». Il a exprimé sa volonté de « consolider (le modèle marocain) par de nouvelles réformes ».

La police marocaine a dispersé avec fermeté lundi soir un petit groupe de manifestants qui voulaient organiser un sit-in à Rabat, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Un groupe d’une cinquantaine de personnes, dont des jeunes, s’étaient rassemblés dans le centre de la capitale marocaine pour organiser un sit-in au lendemain de manifestations qui se sont déroulées dans de nombreuses villes marocaines pour réclamer des réformes politiques.

Des milliers de personnes ont manifesté dimanche dans de nombreuses villes marocaines pour réclamer des réformes politiques urgentes, plus de démocratie et moins de corruption dans ce pays où les inégalités restent fortes et le chômage des jeunes élevé.

Pour M. Naciri, les manifestations de dimanche ont démontré la « maturité du peuple marocain et de ses institutions », au moment où « les manifestants sont accueillis dans les autres pays arabes avec de la violence ».

Les manifestants répondaient à un appel de jeunes sur Facebook, appuyé et relayé par plusieurs ONG. Des jeunes se sont aussi exprimés sur Facebook pour s’opposer au mouvement « du 20 février » et « soutenir le roi Mohammed VI avec tous ses droits constitutionnels ».

Des violences ont cependant suivi les manifestations de dimanche, dont les autorités elles-mêmes ont reconnu qu’elles avaient été pacifiques et disciplinées.

Les corps calcinés de cinq personnes ont été retrouvés dans une agence bancaire brûlée à Al-Hoceima, dans le nord du pays, théâtre de violentes échauffourées dimanche soir.

Les violences, attribuées par le ministre de l’intérieur Taib Cherkaoui à des « fauteurs de trouble », ont fait 128 blessés, dont 115 membres des forces de l’ordre, dans une demi-douzaine de villes. 120 personnes ont été interpellées et seront présentées à des tribunaux.

Des ONG ont condamné les violences, à l’instar de Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) qui a aussi qualifié de « succès » les manifestations de dimanche.

L’un des initiateurs de l’appel du 20 février sur Facebook, Oussama Khlifi, a affirmé que le mouvement allait se poursuivre. « La mobilisation continue », a-t-il dit à l’AFP, précisant avoir appelé à des sit-in quotidiens dans les grandes villes du Maroc, notamment Rabat et Casablanca.

Pour Khadiga Mohsen Finan, chercheuse à l’université Paris VIII, le Maroc a « déjà entamé sa transition politique ». « Mais celle-ci est inachevée et il faut l’achever », a-t-elle dit dans une conversation téléphonique avec l’AFP.

Les Marocains « demandent de vraies réformes, du travail, plus de démocratie, que les choses ne soient pas faites à moitié », ajoute-t-elle. Le roi Mohammed VI, qui a accédé au trône en 1999, avait lancé des réformes, mais celles-ci ont donné l’impression de marquer le pas ces dernières années.

Mme Finan juge que le mouvement va sans doute se poursuivre au Maroc mais de « façon sporadique ». Comme personne ne demande la tête du chef de l’Etat, le roi étant « légitime, populaire et respecté », « cela ne se fera pas de manière rapide et spectaculaire comme en Tunisie ou en Egypte », juge-t-elle.

Selon elle, la rue marocaine joue le rôle de « contre-pouvoir » qui n’est pas assuré dans le système actuel par les partis politiques ou le parlement.