POCT : La formation d’extrême-gauche qui se battait dans la clandestinité


Contraint de vivre dans la clandestinité pendant 24 ans, le Parti Ouvrier Communiste Tunisien n’a jamais cessé de se battre contre la dictature. Ce parti d’extrême-gauche désormais légal, pense que la révolution n’est pas finie…

Leurs photos étaient affichées dans tous les postes de police. Les portefeuilles de tous les agents de la sûreté de l’Etat en contenaient des copies. Durant les vingt-trois ans de règne du président déchu, les dirigeants du Parti Ouvrier Communiste Tunisien (POCT) étaient en cavale. Des clandestins dans leurs propre pays! C’est que ce parti fondé en 1986 par des marxistes léninistes réunis autour de Hamma Hammami a mené, depuis sa naissance, une lutte sans merci contre la dictature. L’opposition farouche au régime du président Bourguiba et de son successeur a valu à ce parti d’être interdit d’exercer ses activités. Mais cette interdiction arbitraire n’a pas entamé la détermination de ses militants qui ont violemment fustigé le tournant libéral qu’a connu l’économie tunisienne au milieu des années 80.
Très actif dans l’Université où il dispose d’une organisation de jeunesse, l’Union de la jeunesse communiste de Tunisie (UJCT), le POCT s’est fermement opposé à la répression subie dès la fin des années 80 par les islamistes mais tout en rejetant leurs thèses. «Dès le début de la répression de l’Etat contre les islamistes, dans les années 1980, Hamma Hammami a été l’un des rares à dénoncer cette répression. Pour lui, un pouvoir capable d’actes pareils à un islamiste est capable de le faire à tout le monde. Ce qui n’a pas été loin de l’opinion de toute la gauche qui lui reprochait d’ailleurs de faire alliance avec les islamistes», raconte l’avocate Radhia Nasraoui, militante du parti et épouse de Hamma Hammami.

Boycott des «mascarades électorales»

A travers son journal Al-Badil (L’Alternative), le POCT a toujours dénoncé le climat de répression et de corruption qui régnait dans le pays. Il avait aussi régulièrement appelé au boycott des «mascarades électorales» qui se terminaient par des scores staliniens de 99% en faveur des représentants du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD). «Ni le contexte politique, ni le contexte juridique actuel ne permettent la tenue d’élections libres et transparentes», avait déclaré Hamma Hammami à la veille du dernier scrutin législatif et présidentiel de 2009.

Face à ces positions fermes, la répression s’est abattue sur les dirigeants du POCT. Passages à tabac, humiliations, insultes, filatures et écoutes téléphoniques ont contraint Hamma Hammami et ses compagnons de route à entrer dans la clandestinité en février 1998. Auparavant, il a été condamné plusieurs fois et a purgé des peines de prison, dont l’une était liée à une affaire de droit commun qu’il avait contestée. Durant ces différents procès, le chef du POCT est souvent reconnu coupable des chefs d’inculpations suivants: atteinte à la sûreté de l’?tat, appartenance à une association non reconnue (Le Travailleur tunisien, NDLR), outrage à l’ordre public et propagation de fausses nouvelles, diffusion de tracts de nature à perturber l’ordre public ( le Journal Al-Badil, NDLR) , tenue de réunions non autorisées, collecte d’argent sans autorisation…

Grèves de la faim successives

Assiégés et assimilés à des membres d’une association qui appelle à la haine, les militants du ce parti non reconnu ont fait plusieurs fois appel à une arme redoutable, mais dangereuse: les grèves de la faim. En février 2002, Hamma Hammami a observé une grève de la faim
pour protester contre ses conditions de détention et contre les conditions de visite de sa famille (à travers un double grillage). Atteint de sinusite et de tachycardie, le chef historique du POCT était alors confiné dans une cellule de 6 m2, continuellement enfumée et occupée par trois prisonniers de droit commun condamnés à de lourdes peines.

En octobre 2003, Radhia Nasraoui a, de son côté, cessé de s’alimenter pendant plusieurs semaines pour défendre sa «dignité, en tant qu’avocate et en tant que citoyenne». Par son action, elle entendait dénoncer les harcèlements et les violences policières dont étaient victimes ses proches, ses amis, ses clients, ainsi qu’elle-même et exiger l’arrêt de toutes ces persécutions.

Et, last but not least, Hamma Hammami a participé à la grève de la faim observée par huit personnalités politiques en octobre 2005 en signe de protestation contre la détérioration de l’état des libertés.

Rejet du gouvernement transitoire

Durant la révolte populaire partie le 17 décembre 2010 de Sidi Bouzid, suite à l’immolation de Mohamed Bouazizi par le feu, le chef du POCT a été le seul dirigeant de l’opposition non exilé à avoir publié une déclaration exigeant le départ de Ben Ali. «Le 11 janvier, nous avons publié une déclaration exigeant le départ de Ben Ali. On a été le seul parti 
à l’avoir demandé. La réaction 
du pouvoir a été violente. 
Une vingtaine d’hommes ont fait irruption chez moi. Ils ont cassé 
la porte de notre appartement(…). Ils m’ont emmené au ministère de l’Intérieur où je suis resté les mains ligotées derrière le dos avant d’être libéré vendredi, le jour où Ben Ali a quitté le pouvoir », a-t-il déclaré peu après sa libération.

Légalisé par décision du gouvernement d’union nationale le 20 janvier 2011, le POCT s’est fermement opposé à ce gouvernement de transition qui comprend des caciques de l’ancien régime. «La démocratie ne peut pas 
être instituée par des hommes qui ont été des proches de Ben Ali, 
qui ont été partie prenante 
du système policier qui a dirigé 
la Tunisie. Il faut faire table 
rase du passé si on veut aller vers un Etat de droit», a précisé Hamma Hammami.

Cet opposant farouche au régime de Ben Ali va-t-il profiter de la brèche ouverte par la révolution du jasmin pour briguer la magistrature suprême ? Réponse : «La démocratie ne peut pas naître des institutions de la dictature. Des élections dans six mois ne donneront qu’un président qui appartient au parti du président déchu. La révolution n’est pas finie, elle doit continuer»…