Alliot-Marie défend son ami tunisien, des questions sur l’avion


PARIS (Reuters) – Michèle Alliot-Marie a continué vendredi de plaider la bonne foi dans l’affaire de ses vacances en Tunisie, au coeur d’une polémique qui a éclipsé une rencontre avec son nouvel homologue tunisien.

La visite à Paris d’Ahmed Ounaïes, chef de la diplomatie du gouvernement d’union nationale récemment mis en place à Tunis, était l’occasion pour la ministre française des Affaires étrangères d’afficher sa proximité avec le nouveau régime.

Michèle Alliot-Marie est accusée par l’opposition d’avoir manqué à ses obligations de chef de la diplomatie en voyageant en Tunisie deux semaines avant le renversement du président Zine Ben Ali et en utilisant l’avion privé d’un ami aux relations contestées avec le clan du président déchu.

La ministre s’est félicitée de l’absence de son ami, Aziz Miled, de liste des personnalités tunisiennes dont l’Union européenne va geler les avoirs, preuve selon elle qu’il était non pas un proche de Ben Ali mais une victime du régime.

Aziz Miled a également été retiré de la liste des personnes dont la Suisse a gelé les avoirs, a annoncé Berne, qui a modifié sa liste « en fonction des procédures judiciaires engagées et prévues en Tunisie ».

Le site Mediapart écrit vendredi que l’avion utilisé par la ministre appartenait davantage au beau-frère de Zine Ben Ali, Belhassen Trabelsi, qu’à Aziz Miled.

Le jet est enregistré au nom de la compagnie Karthago Airlines de Belhassen Trabelsi, qui a fusionné en 2008 avec la compagnie d’Aziz Miled, Nouvelair.

Selon l’historique des vols du jet que s’est procuré Mediapart, il a été utilisé le 14 janvier, soir de la fuite de Ben Ali, pour faire la liaison Tunis-Cagliari, en Sardaigne. On ignore la destination finale du jet ce soir-là.

RÈGLES DE BONNE CONDUITE

« Que ce monsieur voyageait dans cet avion, c’est possible, je n’en sais rien. Quand je monte dans un avion, je demande rarement qui a déjà utilisé l’avion », a dit la ministre lors d’une conférence de presse. Pour son cabinet, l’article de Mediapart ne comprend aucune information nouvelle.

L’historique des vols montre aussi que l’avion a effectué en octobre dernier les trajets Tunis-Biarritz et Biarritz-Paris. Biarritz est l’aéroport le plus proche de Saint-Jean-de-Luz, fief de Michèle Alliot-Marie.

La ministre était ce week-end-là à Saint-Jean-de-Luz pour un festival de cinéma et n’a pas utilisé l’avion, dit son entourage, sans exclure qu’Aziz Miled ait été hébergé ce week-end-là par la famille Alliot-Marie.

La numéro trois du gouvernement a été défendue du bout des lèvres par sa hiérarchie. Le Premier ministre, François Fillon, n’a rien dit à l’Assemblée nationale pour lui réaffirmer sa confiance, comme il l’avait souvent fait, par exemple, pour l’ancien ministre du Travail Eric Woerth. Il attendu jeudi pour la défendre et dénoncer « une polémique politicienne ».

Le cadeau d’un homme d’affaires à Michèle Alliot-Marie durant ses vacances n’est pas en infraction avec les règles de bonne conduite édictées par Nicolas Sarkozy l’été dernier.

La lettre du président à François Fillon demandait que « tous les frais liés à la vie privée (des ministres) soient acquittés sur leurs deniers personnels et non sur des budgets publics ».

Le rapport de la commission pour la prévention des conflits d’intérêts, remis la semaine dernière à Nicolas Sarkozy, préconise en revanche d’inscrire dans la loi « une règle interdisant les cadeaux, libéralités et invitations aux acteurs publics, à l’exception de l’hospitalité ‘conventionnelle’ et des cadeaux mineurs », d’une valeur inférieure à 150 euros, comme c’est le cas pour les commissaires européens.

Clément Guillou, édité par Patrick Vignal