Naissance du second syndicat de l’histoire de la Tunisie


C’est une petite révolution dans la révolution. La centrale syndicale historique a désormais une concurrente : la Confédération générale tunisienne du travail (CGTT). Elle est dirigée par Habib Guiza et se veut plus moderne et moins politisée que son aînée, l’UGTT.

Premier nouveau-né de l’après Ben Ali, la Confédération générale tunisienne du travail (CGTT) a été constitué mardi. Basé à Tunis, le deuxième syndicat de l’histoire du pays sera dirigé par Habib Guiza, un ancien cadre de la puissante Union générale des travailleurs de Tunisie (UGTT), la seule organisation légale depuis l’indépendance.
Grâce à la CGTT, l’ancien secrétaire général de la section UGTT de Gabès (sud) dans les années 80 veut « impulser et promouvoir le mouvement syndical en Tunisie, permettre aux salariés d’y adhérer librement (…), et contribuer à la mise en place d’un ensemble de réformes visant l’amélioration et la modernisation des activités syndicales », selon l’agence officielle TAP.

Exemple démocratique

De fait, Guiza demandait depuis des années – sans succès – une autorisation pour créer son propre syndicat. « Il ne s’agit pas d’une scission au sein de l’UGTT. L’UGTT n’est pas en concurrence avec cette Confédération », a déclaré Abid Briki, le secrétaire général adjoint de l’organisation, qui rappelle que Guiza a quitté la centrale il y a plusieurs années. « Nous avons toujours défendu le pluralisme syndical et politique. Nous sommes désormais en démocratie. La création d’une nouvelle centrale en est un exemple », a-t-il ajouté.
En clair la CGTT se veut en rupture avec la forte politisation de l’UGTT. Le mouvement syndical tunisien est né dans la période proto-nationaliste des années 1920, sous l’impulsion de Mohamed Ali Hammi. Le 19 janvier 1925, celui-ci crée la première Confédération générale des travailleurs tunisiens, qui deviendra quelques années plus tard l’UGTT.

Racines nationalistes

De par ses racines nationalistes, l’UGTT a toujours été un mouvement très politisé, participant notamment au gouvernement après l’indépendance, avant de s’opposer frontalement au président Habib Bourguiba en organisant de longues grèves dans les années 70 et 80. Sous le régime du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, elle était devenu le seul contre-pouvoir disposant d’une implantation à l’échelle nationale – avec le mouvement islamiste Ennahda, dont les membres ont été persécutés.

Mais de fortes dissensions sont apparues en son sein à la fin des années 1990, une partie de ses dirigeants étant accusés d’avoir été récupérés par le pouvoir. Il n’en reste pas moins que lors de la révolte qui a provoqué la chute de Ben Ali le 14 janvier, l’UGTT a retrouvé un rôle de premier plan, encadrant les manifestations dans le pays, avec notamment des grèves tournantes dans les principales villes.
Revendiquant aujourd’hui 350 000 adhérents, elle s’est retirée du gouvernement de transition après y être brièvement entrée. Plusieurs de ses cadres réclament désormais la création d’un Conseil pour la sauvegarde de la Révolution, qui validerait les réformes qui doivent être votées par un Parlement encore dominé par le RCD, l’ancien parti de Ben Ali

Source : « Jeune Afirque » Le 01-02.2011