Transition démocratique : mais que veut la rue ?


ALGECO_1.jpgLe premier ministre Ghannouchi compose un nouveau gouvernement d’Unité nationale, « ouvert à des membres de l’opposition légale et à des personnalités indépendantes ».

L’opposition civile, c’est-à-dire le peuple, autant que l’opposition politique, proteste, rue dans les brancards, ne veut pas d’un gouvernement qu’il considère fantoche, trompeur, et se sentent trahies dans leurs aspirations libres et démocratiques.

Pour de nombreux observateurs extérieurs cette situation semble incompréhensible. Pourtant, la population tunisienne semble aussi se comporter avec une maturité civile et politique rare et insoupçonnée jusque là. Mais alors, que veulent-ils? comment gérer une transition, en attendant de pouvoir organiser les premières élections libres, dans deux à six mois?

Rappelons quand même deux principes.

On ne fait pas du neuf avec du vieux. Inutile d’imaginer que la démocratie puisse venir de personnalités politiques telles que le premier ministre Ghannouchi, qui aujourd’hui même déclare dans une interview délivrée à France 24: « J’étais loin de soupçonner qu’il y ait autant de problèmes, autant d’abus, autant d’enrichissements rapides. » On se demande dès lors ce qu’il foutait, étant donné que c’était certainement le dernier tunisien à ne pas être au courant. Il nous paraît impossible, pour un homme honnête et intègre, de pouvoir être appelé à une telle carrière politique, et ignorer purement et simplement la situation catastrophique du pays qu’on est censé gouverner. Il paraît pour le moins coupable, d’avoir fermé autant les yeux, et inconscient et méprisant, de l’affirmer publiquement. Il paraît pour le moins évident, enfin, qu’un tel homme capable de telles déclarations déclare ouvertement toute son incompétence.

La loi est souveraine. La loi et la constitution tunisiennes ne sont pas parfaites, certainement, mais sont largement suffisantes à garantir une transition démocratique. Il est nécessaire de les appliquer à la lettre et rigoureusement, mais cela ne signifie pas ne pas bouger! N’oublions pas que la dictature et ses hommes ont détourné et violé cette loi et cette constitution, constamment, pour les piller et les plier à leur convenance. La situation désastreuse de la situation civile, l’illégalité déclarée de nombreux partis politiques écartés, de syndicats, d’associations humanitaires et/ou civiles, du temps de la dictature, est le fruit de ce détournement de la loi. On ne peut donc pas écarter ces partis et ces personnalités des négociations autour de la composition d’un gouvernement d’Unité Nationale, destiné à gouverner le pays dans l’attente de pouvoir organiser de réelles votations législatives qui donnent la voix au peuple, rappelons-le, seul légitime souverain de la Tunisie.

Comment ce gouvernement peut-il imaginer que le peuple, qui a payé de son sang le prix de sa liberté, se contente de voir représentés au pouvoir exclusivement ceux qui déjà étaient au pouvoir, ou qui étaient tolérés par Ben Ali? Mais de quelle unité nationale s’agit-il? Comment peut-on penser que le peuple tunisien accepte autre chose que des véritables mesures, légales, justes, dans le bon ordre pour garantir une vraie représentation des forces vives de la Nation?

Il semble aujourd’hui nécessaire de réexaminer les demandes de légalisation déposées par les différents partis politiques, et autrefois refusés, de les légaliser dans le cadre de la loi quand cela s’avère possible, et de leur permettre de participer à la construction de la Tunisie libre. Il semble nécessaire pour que la situation s’assainisse au plus vite de réparer les bases de la vie politique et civile tunisiennes.