La « Dolce vita » de Taoufik Ben Brik – interview


Cet entretien a été demandé conjointement par Takriz.com, Suxydelik.com et Reveiltunisien.org. A la lecture des questions on ne s’y trompera pas. On ne présente pas les sites car soit vous les connaissez, soit ils sont accessibles en France où se déroule cet entretien. Nous sommes sans aucun doute les meilleurs sites pour les tunisiens et pour ainsi dire pour le monde entier.

Sur la toile, il n’y a que 5 médias qui comptent : le mafieux GOOGLE, la pieuvre MEDIA7 et nous.

Samedi 8 mai 2010, 21h00, dans le fumoir d’un grand hôtel parisien.

Taoufik Ben Brik est vêtu comme à l’accoutumée d’un habit de soie noir. Il fume cigarette sur cigarette mais sans nervosité. Il est posé, poli, calme. Il y a deux Ben Brik. Il y a celui de la vie courante et celui des médias. L’interview démarre et Ben Brik « le tranquille » entre dans la peau de Ben Brik le médiatique.

Sux, SUXYDELIK:

Quelle a été votre pire expérience vécue dans la vie ?

TBB : Il n’y a pas pire que la maladie. La maladie, c’est face-to-face, personne n’est avec toi pour partager ta souffrance, ta solitude.
La maladie appelle, comme chez les animaux, les charognards.
Malade, les gens disaient que Ben Brik était une mode, c’était du passé.
Malade, personne n’appelle. Le 00 216 22 587 049 ne sonne plus. Je ne suis plus invitable, ni sortable, ni fréquentable. Un légume, un Mc Murphy [[Voir le film « Vol au dessus d’un nid de Coucou »]] à qui on a fait une lobotomie. J’étais une pourriture.

Ma maladie a donné aux stars du microcosme, que j’ai rendues stars, d’être ingrats sans que je puisse réagir.
L’oubli, mon ami, c’est ce qu’il y a de pire. Il faut lire « Sonate à Kreutzer » de Tolstoï. Les gens disent que Ben Brik ne fait plus peur, il nous a fait chier, c’est bien qu’il soit dans sa maladie, qu’il y reste. Ils oublient, ces moins que rien que je suis celui qui a internationalisé le cas tunisien.
Ils oublient que je n’ai pas arrêté d’écrire sur tout le monde. Dîtes-moi, y a-t-il une personne que j’ai ratée ? Soumettez la moi et je lui ferai son affaire.

Au temps où vous n’étiez pas là, dans les années 90, j’étais seul à écrire.
J’ai payé ça de mon corps, du corps de mes enfants, de mes parents. Je trouvais ça ordinaire, comme « Un Jour Ordinaire » d’Ettore Scola.
La maladie t’apprend à encaisser, à avoir du souffle pour contrer ceux qui ne peuvent tenir qu’un round, deux ou trois au maximum.
Je suis de ceux qui peuvent tenir quinze rounds. Au départ, j’étais Cassius Clay, je bougeais comme un papillon et piquais comme une abeille. Aujourd’hui je suis un Mohamed Ali à Kinshasa face à Foreman. Au huitième round à 4h du matin je l’ai aplati. J’ai aplati les demi-portions, les médiocres. Médiocres… « Je vous absous » disait Salieri à tous ceux qui convoitait Amadeus.
Mes petits, dans la vie (silence), il n’y a que la vulnérabilité qui soit invincible. Et on s’en fout de ce qui adviendra. Bandit je fus, bandit je ne serai plus. Hasta la vista hombre, et Viva Zapata.

Et la pire, en prison ?

TBB : La pire expérience que j’ai eue en prison, contre toute attente, c’est la « Dolce Vita ». En prison, j’ai été entouré de dix-neuf analphabètes qui se sont avérés plus cultivés que n’importe quel intellectuel barbant que j’ai connu dehors, dans la grande réserve de Tunis, réservée aux hyènes, aux chacals, et aux rats d’égouts. Même pas aux chiens, car comme vous le savez, je suis un chien, fils et petit fils de chien. Ces prisonniers analphabètes étaient amoureux de la grande poésie dialectale. Ils parlaient en paraboles et sont capables de te raconter la naissance et la mort d’Azazel, de Gabriel, et d’Adam.
J’étais dans mon milieu, j’avais des compagnons de route qui aimaient cajoler les mots, ayant une gourmandise de vieux chats pour les chants des grandes étendues.

Copie manuscrite du chant en question.

Pourquoi les tunisiens sont-ils des pleutres ? (et qu’on ne nous dise pas qu’il y a des courageux …)

TBB : Entre pleutres, on se reconnaît. Même ceux qui vocifèrent à travers les canyons de la Kroumirie. Même ceux qui le font, c’est avec la peur au ventre. Une peur au-delà de la peur, une peur qui te grise. Ta question, « petit », est vantarde mais je n’en fais pas tout un plat. Surtout que ton serviteur est un lion édenté. Je ne sais que rugir. Déchiqueter une proie, je laisse ça aux prédateurs.
Hasta luego amigo. Et Viva Pancho Villa.


Comment virer Ben Ali ?

TBB : A coups de pieds, de crachats et avec des mots orduriers. « Zabour Oumou »

Quand est-ce que vous écrirez à nouveau au TAK ?

TBB : Ah bon ? J’ai déjà écrit pour Takriz ? Je devais être ivre, rappelle-moi le titre de ce que j’ai commis ? Mais j’écrirai volontiers pour mes amis les M’Karizin. Quoique je suis de moins en moins Mkariz.
Pardonnez ma vieillesse. Marchez, marchez sur les ronces de la vieillesse. Et viva la muerte.

Hasni, Reveiltunisien.org

Vous déclarez (citation à peu près) : « Dans le monde, il y a Obama, Berlusconi et moi. Je veux me présenter aux élections présidentielles ». Est-ce que vous pensiez à Coluche en faisant cette déclaration ?

TBB : Vous auriez pu dénicher la réponse dans « Ben Brik Président » . C’est [[« Ben Brik Président » (Broché), Editions EXILS. ]] là un Coluche qui a réussi. C’est un clown qui ne se casse pas l’échine dans les feux de la rampe. Un clown à la place de Nosferatu, c’est moins angoissant, ça fait rire au moins. Ou bien vous êtes adeptes des gens costumés, cravatés, sérieux, coincés, qui ont la diarrhée ou qui sont constipés, et qui pour vous convaincre sortent le bâton.
Pour tout programme, je n’ai rien. Niente. Nada.
Alors vous votez qui ? Le va-nu-pieds ? Le zéro « pointu » ? Ou les ventrus ? (Je m’exclue et j’exclue Sancho Pança au ventre pendant) Les masques blancs ? Les riches ? Pour les notables ? Ou contre les jetables ?
Oh cousin, je suis un citron qu’on a pressé.


Quels sont vos auteurs tunisiens préférés ?

TBB : Il faudrait poser cette question à Ben Ali, ce type qui a une bibliothèque énorme, avec des étagères pour des livres reliés rouge et noir, une autre pour le bleu-blanc-ocre, pour faire de la symétrie (En aparté : Il y a quand même pas mal de mauve aussi).
Messadi, Bechir Khraïef, Douagi, Chebbi, Ouled Ahmed, Abderrahmane ElKefi l’auteur de Izaboudia El Kafia, il n’en a rien à foutre.

L’été approche. Quels sont vos conseils aux touristes français qui iront se faire bronzer en Tunisie pour quelques dizaines d’euros ?

TBB : Venez en masse ! Vite ! On a soif ! On a faim !
Venez égailler notre paysage. Venez avec vos cuisses, vos seins et vos nombrils. Il y en a marre des barbus, des voilées et autre sainte-Nitouche. Les vieux éjaculent rien qu’à vous voir – et je suis vieux. Faîtes-nous plaisir, c’est gratuit. Allah est beau et aime la beauté.

Fœtus, TAKRIZ

Combien faut-il de TBB pour renverser ZABA?

TBB : Combien faut-il de ZABA pour écraser un TBB ? Un seul suffit, il est BEAUCOUP. Voilà un surnom de plus. BEAUCOUP. Mais ce n’est pas un beau coup pour moi, parce que, comme vous le savez je ne suis attiré que par les donzelles.

Waterman, TAKRIZ


Est-ce que votre annonce de vous présenter aux présidentielles de 2014 est juste pour enquiquiner Ben Ali ou est-elle sérieuse ?

TBB : Navré les gars mais vous faîtes dans le chiant là, c’est une équation de maths ! Vous pouvez la poser à Mustapha Ben Jaafar, Nejib Chebbi, Moncef Marzouki, Khemaïs Chammari qui eux sont forts en algèbre. Je suis une nullité, je n’ai jamais eu la moyenne. Un cancre pardi !
Vous ne voulez pas boire un coup et oublier un peu le théorème d’Archimède ? Pour un thé au harem de Cheikh Ahmed je vous invite, dit Yoda le maître Jedi.

Les questions que l’on se pose et auxquelles vous n’aurez pas de réponses

Est ce que vous préférez faire une œuvre comme les resto du cœur au lieu de créer un parti d’opposition alimentaire ? si non, est-il possible d’avoir une photo de vous en costume cravate avec un nez rouge ?)

C’est quoi la formule TBB… il faudra créer des petits Tibi ?

Un mot sur la léthargie de l’opposition tunisienne, etajdid, pdp, udp, psg?

On assiste à beaucoup d’ancien collabo du système qui retourne leurs vestes à Ben ali (bouebdelli est un exemple) faut-il les prendre au sérieux ?

C’est pour quand le retour triomphant à Tunis ? L’été approche.

Les tunisiens semblent choqués après ta décision de te présenter aux présidentiels qu’est ce que tu peux leurs dire pour les rassurer ?

Pourquoi tu n’as pas cherché à créer un parti politique au lieu de faire cavalier seul ?

Est ce que l’opposition tunisienne vous a déçu ?

Vous êtes mal partis pour les élections 🙂 comment redorer une image ternie de journaliste mégalomane, prétentieux et lécheur de cul des français ? (c’est pas mon avis c’est l’avis de plusieurs tunisiens et on aimerait bien que vous leur expliquiez votre vision.)