Un reflet de mes pensées


Sur l’insistance d’une personne qui m’a demandé de raconter s’il y avait d’autres personnes comme moi en prison, j’ai décidé d’évoquer l’histoire d’un de mes camarades de prison et de cellule, qui me semblait vraiment inquiétante. Il s’agit du dénommé Mohammed Adhari, âgé de trente-trois ans, qui a été arrêté le 4 juillet 2005 et placé environ un mois au ministère de l’Intérieur en Tunisie. Au bout d’un mois, sa femme a su où il était, car son arrestation s’est déroulée secrètement.

Il passa deux mois à la prison du 9 avril à Tunis, puis fut transféré à une heure du matin à la prison de Borj El Amri, au pavillon B4, à une trentaine de kilomètres de la première prison. On lui a reproché d’être membre d’une association terroriste. Le jeune homme souffre d’une double fracture au coude gauche, due à deux coups de feu successifs lors de son séjour en Irak en mars 2003. Il exige d’être soigné car son état empire de jour en jour. Car un morceau de l’os a été éjecté par les balles, ce qui empêchait la réparation spontanée de la fracture et ce reste d’os bouge et le fait souffrir en permanence. Pour cela il a entamé plusieurs grèves de la faim, -au cours de l’une d’elle, il s’est cousu la bouche, et je l’ai soutenu en faisant aussi la grève de la faim-, la dernière date du mois dernier, mais en vain. Les autorités pénitentiaires le faisaient sortir à l’hôpital simplement pour le faire taire, mais il n’était pas soigné à l’hôpital. Même le minimum de soins ne lui a pas été prodigué.

Il s’est manifesté à plusieurs occasions, mais la complicité entre les cabranes et les matons a débouché sur des agressions, alors qu’il ne faisait que plaider pour ses droits.
Ce père d’un garçon de cinq ans et demi, Hamza, et d’une fille de dix mois, Chaïma, ne les voit que rarement : la pauvreté et l’éloignement de Msaken, d’où il est originaire, rendent la vie difficile à son épouse, âgée de vingt-trois ans, qui, grâce aux manifestations de son mari en prison, a pu lui rendre visite, en bénéficiant une seule fois il y a trois mois, d’un parloir spécial (visite directe, sans barreaux).
Ce jeune homme attend toujours son procès. On craint qu’il ne soit jugé en vertu d’une loi (anti-terroriste) promulguée après les faits qui lui sont reprochés (certains datent même de 1982 !)
Il demande l’aide de tous pour au moins être soigné.

Omar Chlendi, ex-détenu d’opinion