un petit mot sur la mort de mon ami Par Olfa


Je saisis l’occasion qui m’est offerte de publier un petit mot sur la mort de mon ami. J’ai conscience que cela ne le fera pas revenir mais si sa mort pouvait servir à éveiller certaines consciences et mettre à jour les atrocités commises dans notre pays, je pourrais enfin recouvrer le sommeil en me disant que sa mort n’aura peut être pas été vaine.

Il a été enlevé au début du mois de février, le 3 plus précisément, par une personne qu’il connaissait et qui lui avait demandé de lui rendre «un petit service». Mourad n’imaginait pas que ce service qu’il allait rendre à une personne nécessiteuse allait lui ôter la vie et laisser derrière lui une mère éplorée, des soeurs affligées et des amis désorientés.

Pour des raisons que l’on suppose purement pécuniaires, Mourad a été enlevé et ligoté dans un premier temps et contraint par la suite à « léguer » tout ce qu’il possédait à son tortionnaire. Non satisfait de l’avoir dépossédé, le bourreau l’a égorgé avec une corde et pour finir a brûlé son corps sans vie et l’a jeté aux animaux sauvages. Autant dire qu’il ne restait que peu de chose de la personne que j’ai tant aimé.

Ce drame inhumain (on se demande comment Dieu a pu permettre qu’une telle chose advienne) n’a été dicté que par la cupidité, la malveillance et l’ignorance de la personne qui a commis l’acte. Pourquoi ? Parce que Mourad avait «financièrement» réussi sa vie et pas son voisin ! Alors plutôt que de chercher les raisons de son échec, le voisin a estimé que la réussite de Mourad devait lui profiter…

Comment expliquer et surtout comment comprendre de tels agissement ?

Mourad laisse derrière lui une mère (veuve depuis 14 ans déjà) qui n’avait qu’une seule et unique raison de vivre : son fils. Que va t-il advenir d’elle ?

Et de moi ? Moi qui ne concevait pas la vie sans lui ?

Comment retourner dans ce pays où la chape de plomb posée sur la misère ordinaire et quotidienne des gens a en ce 3 février 2006 poussé un être humain à commettre l’irréparable et à m’enlever ce que j’avais de plus cher ? Comment pourrais je regarder à nouveaux les tunisiens, sans que la peur ne me prenne au ventre ? Et pourquoi il ne pourrait pas m’arriver la même chose qu’à lui ? Dieu me protègera t-il contrairement à lui ? Comment vous regarder dans les yeux sans avoir peur aujourd’hui ? et comment faire pour me sortir cette image de Mourad agonisant alors que l’autre, lui, compte son argent ?

Misère et ignorance font mauvais ménage et c’est encore au tunisien moyen d’en payer le prix. Mourad est mort pour rien et Dieu Le Miséricordieux pardonnera peut être à son assassin…

Olfa