Tunisie : la mafia politique et les signes annonciateurs de la chute Par Hamime


Qu’en est-il de la jeunesse aujourd’hui ?

Comment la jeunesse tunisienne est-elle passée de l’idéologie de l’applaudissement
à celle de la mort et de la vengeance ?

Il fallait bien que la politique non démocratique en Tunisie en arrive à contrôler
totalement les consciences, étant donné le mur auquel se sont heurtées les
aspirations populaires qui avaient cru en des promesses fallacieuses, lesquelles
avaient fait des capacités de la jeunesse le vecteur du progrès du pays et de
l’accession de ce dernier au rang des pays avancés.

Dix sept ans peu ou prou de mariage pérenne concocté fortuitement, par une poignée
d’intrus à l’élite politique tunisienne, entre Ben Ali d’une part et le pays,
comme peuple et constitution, d’autre part, dix-sept années que les lèvres et les
yeux sont médusés, que les gorges sont étranglées et liées au sauveur venu
bouleverser les pages de l’histoire noire qu’a vécue le pays pendant l’ère
bourguibienne. Nous ne visons pas, dans le cadre de cet article, à nous appesantir sur tous les
points négatifs de l’ère « ziniste », mais nous poserons une seule question :
qu’en est-il de l’état d’esprit du jeune Tunisien d’aujourd’hui ?

 Le jeune Tunisien, entre ambitions et réalité

Le gouvernement tunisien a effectué des statistiques tronquées au sujet du nombre
de jeunes ayant décroché des diplômes ces trois dernières années. Ces dernières
ont estimé le nombre des chômeurs parmi eux à 300 000 pour l’année 2003-2004. Même
si ce chiffre reste sujet à caution, il reste énorme et permet de comprendre
l’attrait de ces jeunes pour des projets vengeurs dans lesquels ils trouvent un
exutoire, une alternative à un avenir sombre, fermé et révolu, qui a déjà ruiné
tous leurs espoirs.

 La journée d’un jeune Tunisien

De sa matinée il ne fait rien, lui qui commence sa journée vers midi au café pour
siroter un café, un café qui l’a occupé des heures la nuit précédente : « comment
vais-je trouver de quoi le payer ? » Puis il tente de trouver un groupe avec
lequel il pourra jouer aux cartes, toujours dans ce café. S’il échoue, alors il
regardera jouer les autres. Puis il essaie d’emprunter un journal, peut-être
trouvera-t-il dans la page des annonces quelque chose d’intéressant pour lui !!!
Très vite, il s’énerve en le feuilletant « Il n’y a rien ! », alors il se plonge
dans les nouvelles sportives, ignore la page politique qui exhibe la photo de Ben
Ali ou celle des autres membres du gouvernement. Il contemple longuement les
photos militaires de ceux qui conduisent la guerre en Irak, s’intéresse au
portrait de Ben Laden quand il est reproduit. Et il le regarde encore…. Ainsi il a
passé sa journée entre déconvenue et repli. Le soir, certains jeunes s’adonnent au
vin, et d’autres discutent de
l’histoire des victoires arabes, de la portée de la pensée de la révolution
communiste, des défis et de la confrontation combattante terroriste… Ils
n’accordent plus d’importance à la dictature et à la terreur policière en Tunisie
et il se mettent à dire « de toutes façons, je suis perdu, mort, et je n’ai aucun
avenir ».
Ce bref aperçu permet de comprendre le vide qui enferme la jeunesse tunisienne et
la ruine de ses ambitions, au terme d’une lassitude à poser des demandes
d’embauche. Cela conduit fatalement les jeunes à des issues décompressantes et se
posant comme alternatives à cette vie absurde passée entre un régime policier et
oppresseur, un peuple peureux, et une opposition factice et formelle qui a laissé
tomber les problèmes du peuple et ne lutte plus.
Le jeune se trouve de fait enrôlé dans la dernière colonne d’un parti unique, son
diplôme à la main, guidé, dirigé et encadré par des sans-diplômes, dans l’espoir
de décrocher un travail, ne serait-ce que pour quelques jours.

 Manipuler la jeunesse pour mieux l’annihiler

 Le pouvoir a intérêt à semer l’anarchie

L’idéologie policière a ravagé les trois quarts de la population : toutes les
institutions travaillent pour l’appareil policier directement ou non. Il n’est
jusqu’aux institutions culturelles qui ne soient régentées par la police
politiques ou les renseignements. Il n’y a que deux institutions qui ne puissent
être dominées : celle de l’enseignement et de la jeunesse (étudiant, lycéens).

 La stratégie policière

L’institution policière en Tunisie tourne à plein régime et requiert toujours plus
de fonds. Actuellement, sont soutenus ceux qui combattent le terrorisme et les
terroristes. Il faut bien alors constituer des groupes terroristes en Tunisie pour
mettre en mouvement la foule policière et profiter commercialement en ces
circonstances du bloc de cette jeunesse coupée du monde, brisée, frustrée et
prédisposée à la rébellion. Elle se pose en effet comme un vivier disponible pour
le terrorisme et l’appropriation de projets suicidaires et vengeurs, d’autant que
la période actuelle d’humiliation et d’oppression maximale vécues par le monde
arabe, concourt à la formation de tels groupes. La porte est ouverte à
l’introduction d’ouvrages salafistes dans les milieux étudiants, comme de vidéos.
Le champ est libre pour ce type de discussions et d’activités.

C’est alors que l’assaut est donné, encore et encore, contre des groupes de jeunes
qui sont jetés en prison à l’issue de procès, au nom de la lutte contre le
terrorisme. On pourrait citer à ce propos un groupe de jeunes de Zarzis, arrêté en
2003, accusé de faire partie d’une organisation terroriste, ainsi que l’Ariana,
Bizerte, la cité Tadhamoun…

La jeunesse tunisienne est victime d’une conspiration politique policière
extrêmement violente, dont le moins qu’on puisse en dire est qu’elle constitue un
crime concocté contre le peuple dans son ensemble, contre la jeunesse qui est la
colonne vertébrale du pays, une jeunesse qui n’aspire qu’à une vie digne pour
elle-même et ses proches, qu’à la réussite dans l’avenir et qui se retrouve
assiégée, reléguée aux ténèbres de l’ignorance, du dénuement, désespérée jusqu’à
faire office d’approvisionnement en fonds pour un appareil policier qui ne cesse
de croître et de s’hypertrophier.

Comment en finir avec cet appareil policier ?

1)L’opposition factice en est-elle capable ?

2) Est-ce que ce sera le fait d’une révolution populaire générale ?

3)L’appareil policier se bloquera-t-il de lui-même ?

La suite au prochain épisode de «Tunisie, la mafia politique et les signes
annonciateurs de la chute»

Hamime

(traduction : LT)