Incarcéré en Tunisie, un lusodescendant est accusé de faire partie d’un groupe terroriste


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Incarcéré en Tunisie, un lusodescendant est accusé de faire partie d’un groupe terroriste

Ana Cristina Pereira

Sa mère, originaire du district de Braga, mène campagne en France « pour que le monde comprenne que ce pays n’applique pas les lois internationales ». Le crime de son fils, dit-elle, est d’avoir surfé sur le net.
Térésa Quintas Chopin, originaire du Prado, Vila Verde, a lancé un appel aux artistes portugais. Omar Chlendi, son fils de 23 ans, est l’un des « six internautes de Zarzis », emprisonnés parce qu’ils auraient utilisé Internat à des fins terroristes. Sa mère organise un concert de solidarité à la Bourse du Travail de Saint Denis, en France, en présence de musiciens de différents coins du monde.
Il y a trente cinq ans que Térésa a émigré en France. Elle s’est mariée jeune, a eu six enfants et le couple s’est séparé. « les enfants auraient dû avoir les trois nationalités car ils sont nés en France d’une mère portugaise, qui est française aussi », mais le père a refusé. Il voulait qu’ils ne soient que Tunisiens, comme lui.
Leur mère a bien tenté de les faire immatriculer au Consulat du Portugal en France. Trop tard. Ses enfants étaient déjà loin. Son ex-mari avait pris la fuite avec eux pour la Tunisie. L’aîné avait alors neuf ans, le plus jeune allait sur ses trois ans. Ils grandissaient à Zarzis, au sud de la Tunisie. Térésa a passé dix huit années, suspendue, claquemurée dans sa peine, à tenter de les récupérer.
L’un après l’autre, une fois finies leurs études, ils ont affronté leur père et sont revenus en France. Ils voulaient « sortir du pays et ne plus y remettre les pieds, car c’est un régime totalitaire ». En 2003, un accident a fauché l’une des filles. L’autre fille n’en a pas supporté davantage. « Elle a dérobé son passeport à son père », « elle est arrivée sans valise ni vêtements, sans rien, elle est allée directement de la fac à l’aéroport ». Seul est resté le plus jeune, Omar Chlendi. Dans l’abîme.
Arrêtés en février 2003, les « Internautes de Zarzis » ont été condamnés en avril 2004 pour avoir constitué une « bande de malfaiteurs » dans l’objectif de « préparer des attentats », pour « vol et détention de produits explosifs ». En appel, leur peine a été réduite, et confirmée en cassation.
Omar, condamné en vertu de la loi anti terroriste, effectue une peine de treize ans.

Usage de Publinet
Térésa consacre sa vie à son fils emprisonné. Elle a touché des représentants d’Amnesty International, d’Avocats Sans Frontières, de la FIDH. Le groupe sur la Détention Arbitraire des Nations Unies étudie le cas. « En Tunisie, il y a un problème avec Internet, ils ont servi d’exemple », soutient-elle. Les jeunes ont eu l’audace d’utiliser les services d’un publinet (cybercafé tunisien) et de proférer des critiques politiques. Omar était alors en première année à l’université. « Quand les jeunes ont vingt ans, ils disent du mal du gouvernement ».
La police les a emmenés. Pendant dix-huit jours, « personne n’a eu de leurs nouvelles ». Ils ont affirmé avoir été « pendus, battus, torturés, tout ». L’un d’eux a dit avoir été abusé sexuellement et on l’a menacé d’assister au viol de sa mère et de sa sœur.
Pendant le procès, les accusés ont nié toutes les accusations à leur encontre. Tous (sauf l’enseignant impliqué par deux étudiants lors des interrogatoires) ont évoqué des aveux arrachés sous la torture. Le juge a qualifié les tortures d’ »imaginaires ». Quant aux preuves présentées au tribunal, : sorties papier d’internet, dont nul ne peut savoir la provenance, car elles n’ont pas de références, ni de date, ni de nom, une carte de téléphone mobile, et un tube de colle d’écolier, témoigne la mère, « rien d’autre, rien ». Et « entre février et juin 2003, les avocats de la défense ignoraient tout de ce qu’ils allaient représenter »

Réunir quelques fonds
Après avoir épuisé toutes les instances judiciaires, Térésa concentre tous ses espoirs sur un jour : celui qui verra la libération de son fils. « ma tâche, maintenant, c’est de faire en sorte que le monde comprenne que ce pays n’applique pas les lois internationales, qu’il ne respecte pas les droits humains ». Elle pense que « si les Européens réalisaient ce qui s’y passe, il n’y aurait pas autant de tourisme en Tunisie ». « On cache tout, on laisse voir ce qu’on veut et cette mésaventure d’Internet pourrait bien arriver à tout un chacun ».
Le concert du 17 février devrait médiatiser l’affaire. Térésa souhaiterait qu’un « chanteur portugais s’intéresse à cette initiative ». Elle « organise tout-il y aura de la musique venue de plusieurs coins du monde »
« Je dois aussi trouver un peu d’argent, car je dois me déplacer souvent et je n’ai que les revenus de mon travail », rappelle-t-elle. Elle a 46 ans et travaille « dans une maison de retraire ».
Pour que cette mère puisse rendre visite à son fils à la prison de Borj El Amri, il faut toucher la diplomatie française. « je n’ai pas le droit, car je suis étrangère, le consulat de France en Tunisie doit demander une autorisation à la direction des services pénitentiaires ».
Et le temps, sculpteur impitoyable, joue la montre contre ce fils, qui pour elle est toujours un enfant. Les genoux du jeune Omar « sont très infectés ». « Pour tenir debout, il doit s’appuyer sur un gardien ».
Un jour viendra où il n’y aura plus de larmes, seulement des souvenirs. Le silence de son cri, c’est déjà trop. Térésa s’est remariée, mais elle a dû « se séparer, car cette histoire a envahi toute sa vie. Son mari ne pouvait plus supporter son obsession maternelle ». Elle a eu un autre enfant avec son second mari de nationalité française. « La première chose que j’ai faite, cette fois-ci, ce fut de lui donner la nationalité portugaise ». «Je ne veux pas revivre le même problème » dit-elle. Elle ne veut pas le voir disparaître, comme les autres. Cette erreur continue de lui ronger l’existence et celle des siens : le plus jeune vit dans « cet enfer » et la jeune fille fugitive s’est déjà présentée au Consulat du Portugal, mais pour lui donner sa nationalité, les services consulaires « exigent un document que son père refuse : un acte de naissance du père »

Le procès

Les anomalies relevées par les avocats et les observateurs internationaux sont énumérées sur le site du comité de soutien, géré par Térésa Quintas Chopin (http ;//www.zarzis.org). Pas d’expertises médicales, ni d’investigations sur la torture, en dépit des plaintes. On a dit que les jeunes avaient tiré des documents d’internet pour apprendre le maniement des armes, où sont ces armes ? Et « où sont les éléments constitutifs du vol ? » En ce qui concerne les explosifs, « la formule citée ne peut avoir servi à les fabriquer ». Et quand bien même il y aurait eu vol, seuls deux jeunes sont impliqués, pourquoi les autres ont-ils été condamnés à ce motif ?
L’accusation de réunion interdite « n’a pas de justification, il n’y a pas eu de violation de la loi, ils étaient dans un lieu public ». Conclusion ?? Les conditions d’un procès équitable n’ont pas été réunies. Lors de ce procès, on n’a pas entendu la défense, les droits des accusés ont été ignorés. Ce procès est un « disfonctionnement de la justice et a été monté pour des raisons politiques ».
A. C. P.

(Source : Publico du 30/1/06)
(traduction ni revue ni corrigée par l’auteure de la version en portugais, LT)