Hommage à Zouhair Yahyaoui et aux internautes de Zarzis


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Plaidoirie prononcée a l’occasion du 9eme concours lycéen
sur les droits de l’homme au Palais des droits de l’homme à Strasbourg , par Kuhn Ludovic et De Mets Richard

le mercredi 14 décembre 2005 :

La Tunisie est un pays à vitrine « démocratique » avec à sa tête le président Zine El Abidine Ben Ali.

La Tunisie a ratifié la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen. Le président Ben Ali devrait donc, en toute logique, la respecter. Cependant, plusieurs événements laissent à penser le contraire.

Le gouvernement Tunisien détient dans ses geôles des internautes qui ont osé exprimer leurs opinions politiques.

Mais qui sont ces dangereux criminels? Est-ce par exemple Zouhair Yahyaoui,condamné en Juillet 2002 à deux ans pour « propagation de fausses nouvelles » et un an pour « vol et utilisation frauduleuse d’internet »?

Qui était vraiment cet homme? Il était fondateur et animateur du journal en ligne TUNeZINE, il écrivait sous le pseudonyme Ettounsi.

Certes, son site, conçu en juillet 2001 dénonçait la violation des libertés individuelles et le système judiciaire en Tunisie.

Quelques semaines avant son procès, le « cyberdissident » tunisien a été arrêté par plusieurs policiers en civil dans un cybercafé. Il a subi des interrogatoires, dont trois séances de « suspension », méthode de torture où
l’interrogé est suspendu par les bras, les pieds touchant à peine le sol.

Après plus d’un an de prison, le tunisien bénéficie d’une libération conditionnelle le 18 novembre 2003.

A l’âge de 36 ans seulement, Zouhair Yahyaoui décède d’une crise cardiaque!

Des étudiants de Zarzis sont détenus après avoir été condamnés en 2004 à 13 ans de prison pour usage d’internet « Ã  des fins d’attentats terroristes ». Parmi
eux, Abdelghaffar Guiza a contracté la tuberculose « suite aux mauvaises conditions de détention » et fait l’objet de « harcèlement » et de « maltraitance acharnée ».

Le père d’un autre internaute de Zarzis a dit de son côté que « l’état de santé de son fils n’a cessé de se détériorer (…) » durant sa détention. Selon
le comité de soutient des internautes, d’autres membres de Zarzis ont été condamnés « sans preuve » et « pour le seul « crime » d’avoir surfé sur internet ».

Les internautes ont affirmé avoir fait des aveux sous la torture dans les locaux de la police. Avocats et défenseurs des droits de l’Homme avaient qualifié leur procès de « scandaleux ».

Dénoncer des défauts du système politique est-il un crime ? Exprimer son opinion mérite-t-il torture et prison ? Internet est un moyen de libre expression, pourquoi tant de condamnations ?

Selon la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’article 19 stipule que Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le
droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.

Pourquoi emprisonner des internautes ayant profités de leurs droits à la liberté d’expression ?

Article 20
Toute personne a droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques.

Article 5
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Zouhair Yahyaoui et les internautes de Zarzis ont été torturés.

En dépit de son sombre bilan en matière de liberté d’expression, Tunis accueille mi Novembre 2005, la seconde partie du Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI).

Pendant cet événement, des incidents graves se sont déroulés : des atteintes à la liberté d’expression, des agressions de journalistes, celle en particulier
du journaliste de Libération roué de coups et poignardé, ou celle encore d’une équipe de la télévision belge RTBF, molestée alors qu’elle effectuait un reportage.

Les autorités tunisiennes ont nié toute implication dans ces incidents. Elles ont même qualifié « d’inexplicables et inadmissibles » les déclarations du ministère français des Affaires étrangères à propos du départ anticipé d’une équipe de TV5, confrontée à « une surveillance étroite ».

Plus tard, les autorités tunisiennes se sont excusées pour le dérapage concernant les journalistes.

Le déroulement du sommet a été critiqué par Reporters Sans
Frontières (RSF)et certaines organisations des droits de l’homme. Celles-ci, estiment que le sommet n’est plus « une mascarade mais un scandale ». Lors de ce sommet, tous les
régimes répressifs ont parlé de la gestion de l’internet.

Ce sont des pays qui mettent des journalistes et des cyberdissidents en prison, qui censurent l’internet.

Nous sommes venus réclamer que tous les pays ayant ratifiés la Déclaration Universelle des droits de l’Homme l’applique sans restriction. Internet est un moyen de communication et d’expression libre pour tous. Des internautes comme Zouhair Yahyaoui ou le groupe de Zarzis ne méritaient pas un tel sort et nousne voudrions pas que d’autres innocents subissent les mêmes sévices.