« Etat des libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie, à l’aube du SMSI »


Source Zarzis.org

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Présidée par Kamel JENDOUBI,
CRLDHT

Samedi 25 juin 2005
Palais du Luxembourg (Senat)

Les témoignages sur les droits humains en Tunisie sont multiples, par les familles de prisonniers ainsi que par d’anciens détenus et des avocats .Le droit d’expression est complètement bafoué, les avocats sont dans l’incapacité d’exercer normalement leur métier, les journalistes sont emprisonnés pour avoir osé diffuser l’information et internet sous haute surveillance. Depuis la nuit des temps, les droits fondamentaux de l’être humain sont inexistants dans ce pays.

La misère du système carcérale est toujours identique et le procédé est toujours le même quelque soit le motif pour lequel on vous enferme (tortures, détention arbitraire) les conditions de détention de tous les détenus sont inhumaines.
Quand je vois l’état de santé, de délabrement physique et psychologique de mon fils, qui est celui d’une vieille personne, on peut présumer de l’état des autres prisonniers.

Souffrant de multiples infections depuis son incarcération , on vient tout juste de lui accorder des antibiotiques au bout de 2 ans et demi de souffrances.

Devant les prisons tunisiennes la misère est immense, des centaines de personnes défilent toute la journée pour pouvoir avoir ces précieuses minutes avec la personne chère et amener la nourriture de survie ; très souvent ce sont des petits enfants avec leur mère qui visiblement devront revenir pendant plusieurs années ou des vieilles personnes, qui elles, ne seront plus là pour continuer d’attendre…

Moi je suis maman, et je pense également à toutes les autres familles qui souffrent comme moi.

Je rappelle a tous les tunisiens et surtout à ceux qui résident en Europe, dans des pays libres, qu’il est temps de réagir, pour leur propre pays, pour leur liberté et leurs droits.

Brèves de témoignages :

Témoignage de Walid ABDELMALEK (fils de M. ABDELMALEK qui est incarcéré dans un état de santé lamentable après plusieurs grèves de la faim) : la persécution du régime tunisien envers toute sa famille, lui même a été dans l’obligation de s’exiler en France pour continuer ses études. Il souhaite revoir son père incarcéré, qu’il n’a pas revu depuis plusieurs années, mais se demande comment ressortir de Tunisie une fois qu’il y sera ?

Témoignage de Ahmed AMRI, médecin (voix libre) : témoigne également de l’état des prisons en Tunisie et du système carcéral et du après prison.

Tous les observateurs aux multiples procès sont unanimes, la justice en Tunisie n’a de justice que le nom. Ce sont les propres paroles du témoignage de Brigitte AZEMA-PERRET et Houcine BARDI,

Avocats et observateurs au procès ABBOU, qui décrivent bien le système des tribunaux tunisiens : des dossiers vides, des condamnations sans fondement, des tortures et détentions arbitraires…….

Interventions:

Sihem BENSEDRINE, Journaliste, membre CNLT

« L’état de la presse tunisienne est complètement délabré, bâillonné, c’est la désertification de la presse libre.
Le régime tunisien procède toujours de la même façon pour détruire tous les systèmes d’expression en les détruisant financièrement .
Elle dénonce également toutes les atteintes qui ont été faites à son encontre ; le système tunisien détruit toute forme d’expression libre. La seule presse existante reste celle de la famille de BEN ALI. »

Maître Mokhtar TRIFI, Président LTDH

« Les organisations humanitaires tunisiennes n’ont pas le droit de visiter les prisons ainsi que les avocats qui se font rejeter aux portes des prisons.

Récemment, la Croix Rouge a effectué des visites dans certaines prisons et que pour les rendre « convenables », le régime n’a pas hésité à se mettre en quatre pour présenter une bonne image du système carcéral tunisien. Il a décentralisé le surplus de détenus dans les cellules surpeuplées en les basculant dans d’autres prisons non visitées.

Ils ont même été jusqu’à mettre des lits dans les cellules alors qu’habituellement les détenus vivent à même le sol.
Des centaines de prisonniers vivent continuellement en isolement ; non pas seulement les prisonniers d’opinion mais aussi les prisonniers de droit commun. La torture est appliquée systématiquement.»

Robert BRET, Sénateur

Au moment où une construction européenne est à l’ordre du jour, je pense qu’il est grand temps que l’union regarde aux alentours et ce qui se passe au-delà des déclarations d’intention et se donne un projet politique et des moyens pour les réaliser au service de la paix, de la justice et de la solidarité avec le sud.

L’union européenne doit assumer son rôle sur la scène internationale et participer au processus de démocratisation en Tunisie, il faut redonner le pouvoir au peuple afin de construire une autre Europe démocratique et solidaire tournée vers le monde.

Jean-Pierre DUBOIS, Président LDH

La Tunisie est connue dans le monde entier par les défenseurs des droits humains, le gouvernement tunisien est celui que produit le plus d’organisations bidons qui viennent perturber les réunions. Si le sommet Mondial se déroule avec des perturbateurs, il y aura sûrement problème.
Nous, pays européens, ne pouvons plus admettre cela.
Les états européens devront être plus vigilants sur l’état des droits humains en Tunisie.

Alima BOUMEDIENNE-THIERY, Sénateur

« C’est un devoir pour nous d’être à côté de ceux qui se battent ; les valeurs que nous portons ce sont des valeurs universelles d’échanges. Nous sommes très solidaires et très préoccupés par la situation en Tunisie.
Aujourd’hui, lorsque nous parlons et que nous intervenons auprès des services diplomatiques ou d’un ministre, nous connaissons très bien la situation car nous avons toutes les pièces du dossier par les avocats, les associations et les services diplomatiques.

Nous confirmons notre solidarité à Mme CHOPIN et à toutes les familles qui se battent et qui vivent des harcèlements perpétuels ; leur dire que nous savons ce qui se passe, nous avons les informations,
nous ne sommes pas dupes d’un discours qui voudrait être rassurant qu’en Tunisie tout va bien en terme d’économie et social, la preuve en est là.

En Tunisie ce n’est pas qu’on a faim mais on a aussi soif de liberté !

A la veille du SMSI, il est important de rappeler que les budgets financés par la communauté internationale, notamment la France, ne sont pas là pour servir et rendre hommage à un homme ou à un gouvernement mais pour sauvegarder les intérêts, les droits et les libertés d’un peuple.
Il faut aussi rappeler que depuis le 11 septembre 2001, beaucoup de gouvernements et en particulier les gouvernements arabes promulguent des lois , et malheureusement aussi l’Europe, au nom de la lutte contre le terrorismes, contre la violence, et malheureusement ces lois, ce sont des lois qui bafouent les droits, qui répriment et violent les libertés privés et les droits démocratiques et cela n’ est pas acceptable.

Au nom de la sécurité, et la lutte contre le terrorisme, qui est légitime, car tout état est en devoir de protéger son peuple mais n’a pas le droit de bâillonner des hommes et des femmes et les libertés de tout un peuple ; c’est inacceptable mais malheureusement c’est souvent le cas.

Tout mon soutien aux prisonniers politiques avocats et journalistes, qui aujourd’hui n’ont pas la liberté de s’exprimer, je salue leur courage. Nous pourrons croire, et seulement lorsqu’ils seront dehors, qu’en Tunisie une démocratie existe. Mais tant qu’ils seront en prison, et qu’un homme utilise comme instrument la justice pour régler ses comptes et utilise les médias pour diffuser sa propagande, en toute impunité, autant de violations que nous ne pouvons pas cautionner.

Nous les parlementaires, nous devons tout mettre en œuvre pour persuader le gouvernement français, j’ai fait voter une résolution au Sénat qui exige au Ministre des affaires étrangères français que lorsqu’il sera dans une prochaine réunion du Conseil Européen, des explications et être un peu plus vigilent sur ce qui se passe entre les accords car si nous signons un accord et que dans cet accord l’un des deux viole certains articles, il n’y a aucune raison de le maintenir. Pourquoi accepterions-nous aujourd’hui, dans le silence et dans la complicité, de laisser des accords internationaux se faire et s’exercer alors que l’on sait très bien qu’ils ne sont pas respectés par l’un des signataires.

Lors des accords euro-méditerranéens avec la Tunisie depuis 1995, nous avons un article 2 qui est violé depuis plusieurs années. Comment peut-on l’accepter ?. Cet article a un sens, a un contenu et une réalité, nous devons le faire respecter et être respectueux des droits, car, fermer les yeux c’est être complice.

Avec vigueur et vigilance, nous, parlementaires, devons interpeller nos gouvernements qui sont responsables de cette situation. Nous n’avons plus le droit de nous taire et être complices, non, il n’y aura plus d’impunité pour le gouvernement tunisien, nous devons agir !
Même dans les débats de la commission étrangère, aujourd’hui, on s’aperçoit qu’en Tunisie cela ne va pas. Il y a urgence d’exiger d’agir.
Pour ma part, je m’engage à participer à vos côtés. »

Fin des interventions et des témoignages, les personnes dans la salle ont la parole …..

Au moment où la salle prend la parole une fois encore les partisans du régime tunisien sont là et notamment une madame Habouba qui s’est adressée à moi : « moi aussi je suis maman dit-elle et j’ai lu dans une certaine presse que votre fils na pas fait que d’aller sur internet , il faut dire ce que votre fils a fait ! »

A ce moment là je n’ai pas répondu à cette personne car j’ai estimé que le silence donnait toutes les réponses.

Visiblement nous n’avons pas les mêmes goûts pour la littérature et nous n’avons pas non plus la même définition du mot maman.

Cette même personne m’avais déjà dit, lors de la conférence de la société civile à Genève, qu’il valait mieux que mon fils soit en prison plutôt que d’être mort par les bombes qu’il aurait fabriquées.

Si elle avait un minimum de dignité humaine, elle ne serait pas là à déblatérer des choses dont elle ignore et à applaudir quand ses compatriotes meurent ; mais tout le monde a l’habitude de toutes ces fantaisies, création du régime tunisien.

Après son intervention, un ex prisonnier, présent dans la salle, s’est levé et a confirmé à toute l’assemblée qu’en Tunisie le système carcéral était bien celui qu’on a décrit et que lui-même a vécu toute cette horreur dont il ne s’en remettra jamais.

Térésa CHOPIN