RSF/Tunisie : Le pays où l’on torture des internautes


(version anglaise ci après)

La Cour de cassation a confirmé, le 8 décembre 2004, les peines de prison prononcées contre huit des « internautes de Zarzis », accusés d’avoir fomenté des attentats terroristes à l’aide d’Internet. Les autorités judiciaires se sont basées sur quelques documents téléchargés sur le Web et des aveux extirpés sous la torture pour établir leur culpabilité.

Reporters sans frontières exprime une nouvelle fois son indignation face à ces sentences et dénonce les mauvais traitements subis en prison par les inculpés. « Le prochain Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) se déroulera à Tunis en novembre 2005, dans un pays où l’on peut être emprisonné et torturé pour la simple consultation de sites Internet. Nous espérons que l’ironie cruelle de cette situation n’échappe pas aux organisateurs du SMSI », a déclaré l’organisation.

La Cour de cassation a rejeté le pourvoi bien que la procédure judiciaire ait été entachée de nombreuses irrégularités. Ainsi, l’accusation a versé au dossier des impressions de pages Web qui auraient été consultées par les jeunes de Zarzis (sur les armes automatiques, les bombes à retardement, etc.), mais sans indiquer leur origine ni leur date de consultation. Par ailleurs, les accusations de tortures formulées par la défense n’ont jamais été examinées lors du procès. Pour Nadia Nasraoui, avocate membre de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT), « ce rejet n’a rien d’étonnant. Quant il s’agit de procès politiques, il est extrêmement rare que la Cour de cassation revienne sur les décisions prises en appel ».

Les internautes de Zarzis, dont la plupart n’ont qu’une vingtaine d’années, sont détenus dans des cellules collectives où ils dorment à même le sol. Certains, notamment Amor Farouk Chlendi, souffrent de la gale et de maladies de peau. Selon un rapport de l’ALTT, ils ont été torturés lors des dix premiers jours de leur détention, en février 2003. Ils ont été suspendus par les poignets pendant des heures, battus, et ont, pour certains, subi la falaqua, un supplice consistant à frapper les prisonniers sur la plante des pieds.

Rappel des faits :

Le 6 juillet 2004, Hamza Mahrouk (21 ans), Amor Farouk Chlendi (21 ans), de mère française, Amor Rached (21 ans), Abdel-Ghaffar Guiza (21 ans), Aymen Mecharek (22 ans), de citoyenneté allemande et tunisienne, et Ridha Hadj Brahim (38 ans) avaient été condamnés en appel à 13 ans de prison. Les peines de 26 ans de prison prononcées par contumace contre Ayoub Sfaxi (21 ans), résidant en France, et Tahar Guemir (20 ans), citoyen suédois et tunisien résidant en Suède, ont quant à elles été maintenues. Le lendemain, le neuvième membre du groupe de Zarzis, Abderrazak Bourguiba (19 ans), avait été condamné en appel à 24 mois de prison par un tribunal pour mineurs.

Les jeunes de Zarzis sont accusés d’être membres d’un groupe terroriste proche d’Al-Qaida, sans que soit apportée aucune preuve corroborant cette hypothèse. Leur utilisation du Net a servi de prétexte à leur condamnation.

Pour plus d’informations sur cette affaire et sur la liberté d’_expression sur Internet en Tunisie, consultez : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=10676

Julien Pain
Bureau Internet et libertés / Internet Freedom desk

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Read our annual report on the state of online freedom in more than 60 countries – The Internet Under Surveillance :
http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=433

Consultez notre rapport annuel « Internet sous surveillance », qui détaille la situation de la liberté d’_expression sur le Net dans près de soixante pays :
http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=432

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The Internet under surveillance
14 December 2004

TUNISIA
The country where Internet users are tortured

Reporters Without Borders voiced outrage today at the Tunisian court of cassation’s 8 December decision to uphold the heavy prison sentences passed on eight Internet users from the southern city of Zarzis and reiterated its condemnation of the mistreatment they have received in detention.

They were convicted of using the Internet to promote terrorism on the basis of confessions obtained under torture and some downloaded files.

Reporters Without Borders said it hoped the organizers of the World Summit on the Information Society were aware of the « cruel irony » that the next summit’s venue in November 2005 – Tunis – was in « a country where you can be imprisoned and tortured just for looking at a website. »

The court of cassation upheld their conviction although their trial was marked by serious irregularities. The prosecution submitted print-outs of webpages about automatic firearms and time bombs supposedly visited by the defendants, but did not say where they came from or when they were visited. The court refused to consider the defendants’ claims that they were tortured.

Attorney Nadia Nasraoui, a member of the Association for Combatting Torture in Tunisia (ALTT), said the court of cassation’s decision was not surprising. « So far as political trials go, it is extremely rare for the court of cassation to overturn a decision taken by the appeal court, » she said.

The Zarzis Internet users, who are nearly all in their early 20s, are being held in cells with many other detainees, where they have to sleep on the ground. Some of them, especially Amor Farouk Chlendi, have scabies and other skin ailments. An ALTT report says they were tortured for the first 10 days after their arrest in February 2003. They were suspended by the ankles for hours and beaten. Some of them were beaten on the soles of their feet, a torture known as « falaqua. »

Background
Sentences of 13 years in prison were imposed by an appeal court on 6 July on Hamza Mahrouk, 21, Amor Farouk Chelandi, 21, who has a French mother, Amor Rached, 21, Abdel-Ghaffar Guiza, 21, Aymen Mecharek, 22, who has German as well as Tunisian citizenship, and Ridha Hadj Brahim, 38.

The appeal court also upheld the 26-year sentences previously passed on two defendants who were convicted in absentia: Ayoub Sfaxi, 21, who is living in France, and Tahar Guemir, 20, who has Swedish and Tunisian citizenship and who lives in Sweden. The ninth member of the group, Abderrazak Bourguiba 19, who was tried by a court for minors as he was only 17 at the time, received a 24-month sentence on appeal on 7 July.

They were all accused of belonging to a terrorist group linked to Al-Qaeda although no evidence was ever presented in support of this claim. Their use of the Internet was the pretext for their conviction.

More information about this case and about free _expression on the Internet in Tunisia is available at: http://www.rsf.org/article.php3?id_article=10768