La Tunisie se suicide


Comment réagit-on quand on pense qu’il n’y a plus d’espoir ? que l’on est au bout des procédures dites légales ou des recours dans un pays où les autorités sont les premières à ne pas respecter le droit ? Comment fait on quand on a 20 ans et que l’on sait que 13 ans fermes d’emprisonnement sont définitivement prononcés ? Comment fait on ? Comment fait on quand on sait que le général Ben Ali ne lâche qu’au compte goutte des grâces notamment pour ceux arrivés en fin de peine, grâces jetées comme des miettes en pâture à tous ceux qui ne savent que tergiverser et interpréter chaque flatulence de Carthage en ayant l’impression d’exister?

On ne fait pas. On veut en finir car la vie en prison en Tunisie, ce n’est plus la vie : c’est la mort.

Omar Chlendi a tenté de se suicider en apprenant que sa peine de 13 ans avait été confirmée et que le jugement n’était pas cassé.

Voilà ce que la Tunisie réserve à sa jeunesse.

L’envie de se tuer à 20 ans.

L’envie d’en finir avec l’injustice, la violence. De s’échapper coute que coute de ces murs qui étouffent tant de vies. Combien en faudra t-il de gâchées, vies fauchées en plein envol pour assouvir la soif de morts, de violences, et d’argents de ceux qui osent se prétendre représentants du peuple, représentants de la justice ?

On a envie de dire : Ben Ali, Général militaire Ben Ali, un jour le peuple vous demandera des comptes, à vous, vos proches, les cercles et autres voleurs de biens publics. A vous, au système RCD qui vous porte et vous clone. On a envie de le dire, on a envie de le penser.

Peut être. Peut être qu’un jour, des torrents de larmes et de douleurs renverseront ce régime à défaut d’autre chose pour porter l’alternative à la dictature. Peut être. Mais en attendant, les comptes c’est à nous tunisiens de les rendre aux familles et aux proches de tous ceux qui souffrent par la faute du régime RCD et par l’inefficacité d’une opposition autiste, délabrée et emmêlée dans le passé.

Nous sommes responsables de nos actes.

Tout comme nous sommes responsables de notre fainéantise, de notre silence, de ne pas avoir fait ce que l’on pouvait.

Le 15 décembre 2004