Un peu de cohérence, s’il vous plaît


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Pourquoi donc la délégation de diplomates en visite chez la famille de Zouahair et Mokhtar Yahyaoui n’a aucunement été inquiétée, et le régime a préféré se venger sur la délégation civile qui le jour d’après a manifesté pour la libération de Zouhair et de tous les autres prisonniers d’opinion, devant la prison de Borj el Roumi?

Évident, direz-vous. Je ne trouve pas. Ben Ali pense-t-il que ses frasques vont être sans conséquences? Les journalistes en Allemagne ont véritablement la liberté de parole. Monseigneur Gaillot est une personnalité connue en toute l’Europe, son témoignage est plus lourd que celui d’une caméra et sa diffusion plus certaine.

Ces faits ont été annoncés depuis ce matin par une attaque au site Tunezine, par un spam automatique (et par des moyens, ma foi, assez grossiers). Mais dans quelle stratégie fine s’inscrit cet acte? Tunezine est une vitrine, celle d’une opposition ouverte, celle d’individus qui ont renoncé à l’anonymat et vivent les risques de la dissension, et celle des « gens » anonymes, de plus en plus nombreux, qui ne tiennent plus en place d’envie de parler, de crier leur dégoût et leur besoin de liberté et d’espoir. Tunezine est devenu une vitrine du silence tunisien face au monde, une bulle d’air dans laquelle ce silence se transforme en cri.
Quel était le but de cet attaque? « gagner » pour une fois la bataille de l’information, empêcher qu’on informe in vivo de ce qui allait se passer? il n’y avait pas de meilleur moyen de perdre cette guerre. Baillonnez-en un, dix autres parleront. Les téléphones, les mails, les sites, les informations déferlent et se diffusent sans que personne ne puisse les arrêter. L’attaque du site Tunezine ce matin était une sonnette à ces observateurs internationaux qui suivent ce qui s’y dit, c’était un aveu public du régime de sa repression, de sa violence, de l’étouffement de la parole et des libertés qu’il orchestre depuis longtemps en Tunisie. L’attaque de la délégation manifestant devant la prison de Borj el Roumi était l’annonce publique de la volonté du dictateur d’éliminer toute voix discordante.

Mais les choses sont, même quand elles différent de la représentation fantasmatique, même quand cette représentation est celle d’un dictateur.

Comment ce régime pourra-t-il encore se présenter comme défenseur des Droits Humains? On en ricanait dans les couloirs, on va en rire ouvertement, et on finira par lancer des piécettes aux représentants officiels du régime de Ben Ali.

Dans la voie que Ben Ali se trace jour après jour, violence après violence, maladresse après maladresse, la seule suite cohérente est l’agression de la prochaine délégation de diplomates.