La voix de Zouhair Yahyaoui


Zouhair Yahyaoui est le neveu du juge Mokhtar Yahyaoui, appellé également « le juge rebelle », à cause de la lettre ouverte concernant le manque de libertés de la Justice qu’il a adressée le 6 juillet 2001 au Président Ben Ali, et qui lui a valu sa révocation (http://site.voila.fr/tunezine/jugerebelle.html ). Zouhair a créé en juillet 2001 un site internet (www.tunezine.com), composé d’un e-mag périodique (d’où le nom du site TUNeZINE, e-zine de la Tunisie) et d’un forum de discussion. Il a été inauguré avec la publication de la lettre du Juge Yahyaoui, qui n’arrivait pas à avoir de diffusion (les médias en Tunisie sont sous le contôle strict du régime).

Dès le premier jour de sa création, ce site a été censuré par le régime tunisien. Les gens continuent de le consulter depuis la Tunisie grâce à des proxies, afin de pouvoir contourner les blocages des serveurs (parmi lesquels tous les freemail habituels).
Zouhair Yahyaoui signait ses articles avec un pseudo, Ettounsi (qui signifie le Tunisien, el Tounsi), et ses textes étaient enlevés et satyriques. De quoi déplaire à un régime totalitaire et au dictateur. Les dictateurs ont rarement le sens de l’humour.
Pourtant, les Tunisiens doivent l’avoir, eux, le sens de l’humour, car ils avaient été nombreux à suivre la couverture qu’Ettounsi a fait du référendum offrant un nouveau mandat présidentiel à Ben Ali et son impunité à 99,61 % des votes, et à rire avec lui de l’absurdité de leur propre situation. Un référendum parallèle avait été lancé sur le site: « La Tunisie est-elle une République, un royaume, un zoo, ou une prison? »

Les discussions s’organisaient sur ce site, les débats et les propositions aussi, quand le 4 juin 2002 la police politique du régime est entrée en force dans le publinet où travaillait habituellement Zouhair Yahyaoui, pour l’arrêter. Ils l’emmèneront de force chez lui, pour confisquer sans mandat tout son matériel informatique.

Les procès verbaux de l’arrestation portent la date du 5 juin. Pendant 24 heures, Zouhair est effectivement disparu. Pendant 24 heures, sa famille et ses proches ne savaient pas où il était, et ce qui lui était arrivé. Il ne fait pas non plus mention de la confiscation de son matériel. Pendant ces 24 heures, il était au ministère de l’Interieur, où il a subi plusieurs séances de torture, pour lui soutirer notamment les mots de passe du site.

Quelques heures après, le site avait disparu de la toile. Il a réapparu aussitôt, car il en existait plusieurs sauvegardes. Il est actuellement toujours en ligne.

Zouhair Yahyaoui a été accusé de deux délits: diffusion de fausses nouvelles et vol de communication internet au dépens de son employeur. Il est à remarquer qu’avant que celui-ci porte plainte, il a également passé quelques heures en compagnie de la police politique.
Deux procès ont mené à peu près au même résultat: une condamnation de 28 mois convertie en 24 mois en appel. Ces procès se sont déroulés sans plaidoiries, et les avocats n’ont pas pu communiquer correctement avec leur client. Ils n’avaient même pas été avertis de la date et de l’heure fixée pour l’audience en appel, à laquelle ils ont pu assister se trouvant au Palais de Justice par hasard.

Zouhair Yahyaoui a été, tout de suite après les procès, transféré à la prison de Borj el Roumi, des bâtiments nouvellement construits et pas encore terminés, à plusieurs km de la résidence de sa famille, sans liens de trasnports. La nourriture et les objets d’utilisation courante sont à la charge de la famille, dans les prisons tunisiennes, les visites aux prisonniers sont donc d’une importance vitale pour eux. La cellule dans laquelle il est enfermé est supeuplée, et la centaine de détenus n’ont pas même la possibilité de dormir tous en même temps, puisqu’il n’y a pas assez de surface au sol pour qu’ils se couchent tous. On est loin de parler de nombre de lits… Il n’y a pas l’eau courante de façon continue, et les détenus sont obligés de recolter l’eau nécessaire pour la journée à un robinet dans la cour, qui ne fonctionne que pendant une période limitée.
Actuellement, Zouhair souffre de plusieurs maladies, une infection dentaire empire de jour en jour, alors que ses gardes n’acceptent de lui fournir que des aspirines qu’il refuse de prendre. Il souffre des reins, attaqués par les conditions de manque de nourriture correcte et d’eau. Il souffre de maladies de la peau, toujours non soignées. Le contenu du « couffin » familial, qui devrait être sa substentation, disparait partiellement ou entièrement, ou lui est rendu quand les denrées sont pourries (sans doute l’expression du sens de l’humour du régime).

Le 17 janvier, Zouhair Yahyaoui a décidé de commencer une grève de la faim, seul recours des prisonniers pour protester de leur traitement inhumain. Il refusait de se nourrir, de se déplacer, de se laver, de se changer, tout ce qui devrait constituer le droit basique de tout être humain, mais qui demande aux prisonniers une bataille quotidienne.
Il finalement accepté de mettre fin à sa grève 14 jours plus tard, quand les gardes ont accepté de lui donner les médicaments qui lui sont nécessaires et que sa famille lui a apporté.

Publié en italien sur KaminadaLab :
http://radio.weblogs.com/0112986/categories/afriche/2003/02/04.html
et sur www.squilibrio.it :
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