Pour la libération de Zouhair Yahyaoui / Danielle Dussault, écrivaine


En novembre dernier, au Salon du Livre de Montréal, avait lieu une activité intitulée Livres comme l’air. Cette initiative de L’Union des écrivaines et des écrivains québécois a pour but d’établir des ponts entre des écrivains d’ici et des écrivains emprisonnés partout à travers le monde. Invitée à faire parvenir ma dernière publication à l’un des ces prisonniers, j’en suis venue à connaître Zouhair Yahyaoui. Ce journaliste tunisien qu’on a emprisonné pour avoir diffusé librement de l’information sur son site WEB croupit actuellement dans une prison insalubre. Il a été violenté et enfermé le 4 juin 2002. Son crime ? Avoir osé discuter du fonctionnement politique de son pays sur son site comme en témoigne la version en cache qui apparaît plus loin dans cet article. Le cas de ce journaliste est très représentatif de la répression à l’égard de toute voix discordante, de la violence tournée envers ceux et celles qui portent l’ombre du dysfonctionnement interne d’un pays.
Outre quelques mots de réconfort et ma plus récente publication, que pouvais-je offrir de moi-même pour lui venir en aide ? Quel est le rôle de l’écrivain libre face à ceux brimés partout dans le monde parce qu’ils écrivent ? Et comment continuer à exercer sa propre pratique d’écriture sans parler de ce genre de répression ?
Chaque livre que l’on publie contient au moins deux histoires. L’une est intérieure et elle est propre au récit lui-même. L’autre, plus extérieure, c’est celle qui entraîne à sa suite un parcours une fois que le livre est publié. Depuis le mois de novembre, je n’ai cessé d’être sensible à la cause de ce journaliste emprisonné et torturé ; s’il n’y avait pas d’abord eu le livre, sans doute n’aurais-je jamais connu Zouhair Yahyaoui. À présent, je porte la responsabilité de vous parler de cet homme de 34 ans qui souffre d’avoir seulement voulu prendre la parole. Je n’ai pas le droit de me taire. Je prends la parole comme d’autres prennent les armes. C’est ma manière à moi de lever le fer. Car je n’aurai toujours pour combat que celui des mots. Parce que je suis libre et que je m’adresse à vous qui l’êtes aussi.

Je me dois de vous dire encore que Zouhair Yahyaoui fait la grève de la faim depuis le 17 janvier et qu’on lui refuse les soins médicaux. Si personne ne fait connaître son sort, il mourra dans sa prison. Je demande qu’on fasse des pressions auprès de notre gouvernement afin qu’il intervienne auprès de son vis-à-vis tunisien et qu’il libère Zouhair Yahyaoui. Un geste, un mot peuvent faire toute la différence. Par la voie de la Commission des droits de l’homme, par l’intermédiaire des journaux qui ont le rôle de sensibiliser, par le biais des hommes politiques qui peuvent intervenir, nous pouvons aussi avoir de l’influence. Les êtres libres, on les emprisonne ou on les fait taire parce qu’ils dérangent. Venons en aide à Zouhair Yayhaoui et faisons des pressions afin que son gouvernement le libère. Marquons notre désaccord vis-à-vis de la répression et assumons-nous en mettant notre liberté au service de ceux et celles qui ne la connaissent pas.

Danielle Dussault, écrivaine

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Livres comme l’air : http://www.uneq.qc.ca/accueil/dussault.html