Economic and Political Change in Tunisia


Economic and Political Change in Tunisia. From Bourguiba to Ben Ali

Emma C. MURPHY

Macmillan Press, Londres et St Martin’s Press, New York, 1999, 285 p.

(Notice parue dans Correspondances, bulletin scientifique de l’IRMC)
http://www.irmcmaghreb.org/corres/notices/vdp/63vdp3.htm (25/11/2002)

L’auteur se propose d’étudier les changements politiques et économiques qui se sont produits dans la Tunisie indépendante. Pour ce faire, elle utilise le concept de néo-corporatisme. Ce dernier est entendu comme un système de représentation des intérêts dans le cadre duquel les acteurs sociaux sont organisés en un nombre limité de catégories obligatoires, hiérarchisées et non-compétitives ; catégories qui sont reconnues – sinon créées – par l’État et bénéficient d’un monopole de représentation dans la mesure où elles parviennent en retour à contrôler la sélection de leurs dirigeants et le type de demandes qui s’expriment. Dans les trois premiers chapitres, Emma Murphy montre, cahin caha, que de l’indépendance à la fin de la décennie 1970, le Néo-destour et son avatar le parti socialiste destourien, ainsi que l’UGTT ont canalisé les demandes sociales. Dans les années 1980, ces structures néo-corporatistes entrent en crise : ni le parti, ni les organisations nationales ne jouent désormais le rôle qui leur a été attribué par le président Bourguiba. Le décalage grandissant entre les aspirations d’une population désormais scolarisée et une croissance économique insuffisamment dynamique débouche sur la destitution du créateur de la Tunisie moderne. Les pages suivantes traitent de la politique de libéralisation économique mise en œuvre par le successeur de Bourguiba et s’attachent à évaluer les conséquences politiques des réformes entreprises (sans véritablement y parvenir). L’auteur analyse ensuite la permanence du clientélisme dans la culture politique tunisienne, ainsi que l’incapacité du parti destourien et de son président à partager le pouvoir. L’Etat a bien tenté de mettre en place une  » version pluripartite du néo-corporatisme  » dans lequel les partis politiques de l’opposition – à l’exception des islamistes qui, jugés trop dangereux, ont été éliminés – rempliraient les fonctions de structures verticales contrôlant les demandes remontant de la société. Cependant, dans un espace politique entièrement structuré par l’État et le parti au pouvoir, l’opposition officielle – qui n’a aucune représentativité -, et les diverses institutions sont dans l’incapacité d’articuler les revendications sociales et politiques. Dans une telle configuration, Emma Murphy pronostique que les situations de crise pourraient très bien déboucher sur des formes d’instabilité et de violence incontrôlées.