Synthèse des travaux sur l’avenir de la Tunisie après le référendum


Résistant Lecteur nous propose de débattre un éditorial de Salah Karker, « Ben Ali, le référendum ne te servira à rien ! » pour se poser ensuite la question de la légitimé de Ben Ali. Il faut en premier lieu déterminer d’où lui vient cette légitimité. Ce n’est pas un article qui se trouve dans les grandes surfaces: il faut pour arriver au pouvoir réussir la construction d’un réseau. Il peut trouver des appuis dans les chancelleries de certaines grandes puissances étrangères, pratiquant la contre façon de la légitimité. Lui, il a été toujours faux, il n’a pratiqué que le faux et il n’est capable de vivre que dans la faux. Faute d’agir dans une légitimité authentique, très onéreuse pour lui en terme d’assise et de confiance populaires, il n’a été capable que de se procurer des béquilles qui remplacent ce qui lui manque pour légitime comme chef d’Etat, de la très mauvaise contre façon de la légitimité en somme. Bref, et pour répondre à notre question de départ, Ben Ali n’est pas du tout légitime.

Une deuxième question s’impose : un président illégitime peut-il être à l’origine de l’établissement d’une base ou d’une source de légitimité, en l’occurrence par l’amendement de la Constitution ou la promulgation d’une nouvelle Constitution pouvant orienter la marche d’un peuple ? Un minimum de logique nous impose de répondre par la négative. A la lumière des innombrables crimes qu’il a commis, de sa corruption qui dépasse toutes les limites, de sa dictature sauvage et sa trahison contre la patrie (qu’il reconnaît lui-même en s’attribuant l’impunité), Ben Ali est le dernier parmi les dix millions de Tunisiens à pouvoir être choisi pour le faire. Il est en échec total sur tous les niveaux. Il ne peut plus être derrière le moindre des projets importants qui doivent être réalisé dans le pays, et qui demandent la participation populaire. Il ne reste devant ce dictateur criminel qu’une seule solution, qui lui demande de fournir un effort et un très grand courage qu’il n’a jamais eu, c’est celui de se retirer du pouvoir, de restituer à l’Etat tout ce qu’il lui a pris et de se présenter devant la justice. Il se trouve sinon dans une voie sans issue, qui le poussera toujours plus loin dans l’exercice de la dictature illégitime. Bien sûr, ce dictateur est loin d’être sage, courageux, réaliste, pour procéder de la sorte. Il va poursuivre sa fuite en avant.

Il va annoncer les résultats du référendum, déjà préparés depuis longtemps. Il va faire accepter le référendum par le peuple par 99, 99% des voix. Ou peut être que cette fois-ci il va faire preuve de modestie en se contentant de 99,98% seulement.

Quelque soit le pourcentage de voix qu’il va affecter à ce référendum, il ne va jamais avoir la force de la loi  » supérieure « . Le peuple ne va pas lui accorder cette faveur. La Constitution amendée ne va pas jouir de la considération et du respect du peuple plus que celui qui l’a amendée. En bref il s’agit d’un amendement sans vie, mort né. La Constitution qui peut retenir et engager le peuple c’est celle qui a été librement choisie par lui, c’est celle qui traduit ses aspirations et ses grands objectifs, le cadre qu’il se choisit pour vivre. De ce fait, l’amendement de Ben Ali ne pourra jamais faire force de loi suprême, parce qu’elle ne reflète pas un besoin populaire, mais traduit plutôt des intérêts d’une personne, en l’occurrence le dictateur. La Constitution amendée va se trouver automatiquement rejetée au visage du dictateur Ben Ali, parce qu’elle est aussi illégitime que lui, elle est illégale et caduque. Le dictateur pense sans doute que cette nouvelle Constitution va lui permettre de se présenter pour un quatrième mandat, un cinquième encore. Mais cette Constitution le rend encore plus illégitime qu’avant.
Si la Constitution de 1959, avant l’amendement, avait une certaine légitimité, elle l’aura maintenant perdue. Elle n’est plus une Constitution, mais un papier privé appartenant au dictateur Ben Ali.

Contrairement à ce que croit le Général dictateur, l’amendement du 26 mai ne va pas résoudre le problème, ni pour lui ni encore moins pour le peuple. Au contraire, il va approfondir la crise. Il ne va apporter pour le pays que plus de dictature, plus d’oppression, plus de misère, plus de mécontentement populaire, plus de mouvement dans la rue, plus de victimes et de pertes de vies humaines par les balles des agents de répression du dictateur. Si ce dictateur n’a pas accédé au pouvoir dans un bain de sang, il a choisi d’en sortir dans le sang. Le peuple tunisien et surtout la jeunesse, ont repris dernièrement leur chemin vers la rue. Dans l’avenir, le processus va aller en s’accélérant. Ben Ali, comme un chien enragé et blessé ne va pas rester les bras croisés. Il va essayer de se défendre et de défendre son régime en ordonnant à ses forces de répression d’être toujours plus brutales et plus sanguinaires contre le peuple. Que va-t-il se passer pour ces traîtres, ces mercenaires qui l’ont soutenu dans ce  » référendum  » ? Jrad, le secrétaire général de l’UGTT, va connaître des jours difficiles. Il a roulé contre-courant, préférant de se placer du coté du dictateur pour protéger ses intérêts personnels que d’être fidèle à la cause ouvrière et celle du peuple en général. Il a joué le traître, sans même être capable d’en encaisser le prix. Les ouvriers qui connaissent déjà des jours difficiles vont en connaître des plus difficiles encore. Ils vont débiter en fin de compte toute leur colère contre le traître Jrad. Les petits partis parasites et satellites du RCD, tels que PUP et frères, vont continuer à vivre dans l’humiliation jusqu’au départ du dictateur. Ils vont pouvoir continuer à vivre après lui, peut-être, si ils trouveront la force du renouveau. Le reste de l’opposition est assommée, comme si elle avait été frappée à la tête. Elle ne sait plus dans quelle direction s’orienter, ni ce qu’elle doit faire.

Dernièrement Charfi, le bras droit du dictateur durant six ans, a été accueilli en héros parmi plusieurs composantes de l’opposition (y compris le mouvement Ennahdha). Le peuple tunisien ne peut plus rien comprendre. Certains sont arrivés à dire : « pourquoi Gunzoui n’a pas été invité à ces réunions le pauvre », et en somme ils ont raison. Le Général dictateur vient de limoger Gunzoui et de le mettre en résidence surveillée. Pourquoi cette ségrégation ? Quelle est la différence entre Charfi et Gunzoui ? Ce qu’a fait le premier n’est il pas nettement plus grave de ce qu’a fait le second? Mais restons réalistes: tous les deux sont parmi les plus grands criminels du pays. Pourquoi cette hypocrisie ? Où va-t-elle arriver cette opposition ? De quoi est-elle capable ? Ce sera au peuple de dire son mot, quand il le voudra, sur ces scandales. L’opposition actuelle, à part quelques exceptions, est libre de faire ce qu’elle veut. C’est comme ça qu’elle va déterminer son poids, sa position vis à vis du peuple et de ses intérêts, et c’est sur cette base que le peuple va décider combien il lui accordera de crédibilité et de confiance. Mais que tout le monde sache que le changement politique dans le pays n’a aucune chance de se réaliser sans avoir passer par la rue, par le terrain, là où se reflète désormais la volonté populaire. Pour ceux qui ont le goût du militantisme de salon et des bureaux luxueux, qu’ils continuent à le pratiquer, tant qu’ils le voudront et qu’ils seront sûrs que même après le changement, personne ne les empêchera de le faire. Mais qu’ils soient surs aussi que jamais ils ne vivrons leurs royaumes d’illusions que dans ces mêmes salons et bureaux. Il est du devoir de Charfi et son groupuscule d’extrême gauche de mettre fin à leurs insultes aux vrais maîtres du pays, de respecter le peuple et sa culture et de cesser de parler en son nom sans en avoir le mandat légitime. Personne ne les a chargés de le faire, ils ne représentent absolument rien dans notre société, pas plus qu’une poussière de pour cent. Sans oublier, de plus, le rôle de cinquième colonne de la trahison qui l’on toujours joué. Le peuple tunisien a besoin de ses patriotes et n’a pas besoin de traîtres.

Ivan :
Après le référendum se pose la question de quel régime pour la Tunisie, avec quelle Constitution et comment concilier la Tunisie et les tunisiens avec leur culture et leur histoire.

Decepticus:
La situation sera la même, il faudra du temps avant que l’application de la nouvelle Constitution n’entre en vigueur. Il faut s’attendre à ce que, d’ici là, Ben Ali fasse des « gestes » d’apaisement : compromis avec des partis d’opposition « raisonnables », amnistie de quelques prisonniers politiques (Hammami entre autres, plus quelques islamistes en fin de parcours). Lui faire confiance et d’accepter de discuter avec lui serait une grave erreur. Il est totalement exclu de tergiverser. Quand même il se ferait moine, un Ben Ali (zaba) reste un Ben Ali (zaba). Certains faibliront, c’est inévitable et il y en aura sûrement. Il faudra veiller à ce que ce ne soit pas contagieux. La volonté des hommes s’émousse facilement devant la tentation.

Hasni:
Nous devons en effet nous attendre comme à chaque fois à des gestes médiatiques comme la libération de prisonniers, accords ou autres. Ce sera comme à chaque fois des leurres pour endormir le monde. nous ne serons pas naïfs. Le référendum a sonné le glas de la Constitution. Les nouvelles dispositions sont contraires aux principes de base de la République. On ne peut plus parler de Constitution ni de République tunisienne. Les tunisiens pourront se réconcilier avec leur pays seulement par une nouvelle démarche républicaine, c’est à dire de nouvelles élections pour une assemblée constituante. Ben Ali (zaba) a tué ce qui restait de la République, il en faut maintenant une autre adaptée à notre temps et d’assises uniquement laïques.

Disons NON a cette dictature et Oui pour la liberté et la démocratie en Tunisie.
Merci pour votre contribution mes chers démocrates et libéraeurs de la Tunisie de cette dictature. Pour que naisse la Tunisie libre sans Ben Ali, sans son RCD et sans leurs mercenaires corrompus!!